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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 07:28
Partis sans direction

Il y a quelques mois, Nicolas Alfonsi évoquait « l’émergence de nouveaux clans ». Nous n’avons pas l’habitude de citer l’ancien sénateur mais, en la matière, on ne peut lui contester une certaine expertise. À un détail près : si le mot « clan » a été depuis fort longtemps utilisé s’agissant de la Corse, il est – sur le plan anthropologique – radicalement inadapté à la situation insulaire. Le vocable exact, que l’histoire de notre pays nous a légué, est en fait « parti », u partitu, le terme étant pris ici en un sens très différent de l’acception courante de « parti politique ».

Le parti existe en Corse depuis le fond des âges, et l’on aurait tort de l’accabler de tous les maux. Il n’est en fait qu’une forme de solidarité, d’organisation de la société, que la Corse s’est donnée pour faire face à une histoire souvent difficile. Ce qui dévoie le parti, qui le pervertit, c’est la pratique clientéliste, celle du service rendu contre le suffrage, du chantage à l’emploi ou au logement, de la dépendance matérielle que des générations de politiciens insulaires ont cultivé avec opiniâtreté. Nicolas Alfonsi a été l’un des maîtres d’œuvre de ce système, ce qui ne l’empêche pas de dire de temps en temps une vérité. Par exemple, lorsqu’il affirme que Corsica Libera a gagné la bataille des idées. Même si cela ressemble un peu à l’hommage du vice à la vertu, ce n’est pas faux. Et lorsqu’il annonce l’irruption de nouveaux clans – entendez « partis » – en regardant du côté des nationalistes, il n’a pas tort non plus. Il existe bien deux partis, peut-être davantage, au sein de la famille nationaliste. Corsica Libera est l’un de ces partis, qui tente, modestement, de suivre le fil historique de ce que les paolistes appelaient eux-mêmes « le parti de la nation » (cf. «Giustificazione» de Salvini). Car tout le mérite des nationaux corses du XVIIIe siècle, avant même u Babbu di a Patria, a été de créer un nouveau « partitu » poursuivant l’objectif de souveraineté nationale, et de rallier à leur cause les autres partis qui, jusque-là, n’avaient aucune direction autre que l’accroissement de leurs puissances respectives. En 1755, le parti de la nation devint un Etat, après avoir globalement rassemblé les autres sous sa bannière.

Revenons au XXIe siècle et de façon plus prosaïque aux affaires électorales. Certaines candidatures mixtes (associant nationalistes et non nationalistes) se font autour d’un projet commun pour la Corse (la réforme votée par l’Assemblée). D’autres accords électoraux sont noués entre organisations ayant des points de vue opposés sur ledit projet de réforme. Cela est plus problématique puisque, dès lors, le seul objectif devient la répartition des responsabilités. Et la seule perspective la participation de nationalistes à la gestion d’un statu quo mortifère pour la nation.

Ainsi, quel que soit l’ampleur de leurs succès éventuels, le problème des différents partis nationalistes sera de maintenir le cap national, qui est – comme leur nom l’indique – leur seule raison d’être.

(Publié dans La Corse, supplément au quotidien Corse-Matin, le 17.IV.2015)

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 14:33

ass-copie-2.jpglinkhttp://www.dailymotion.com/video/x2gl90n_corse-intervention-de-jeanguytalamoni-de-corsica-libera-lors-de-la-visite-de-b-cazeneuve-et-m-lebra_news

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 18:48

drapeau corse-copie-1

1/ Après l’annulation des dernières élections, Corsica Libera propose de maintenir l’union entre nationalistes de mars 2014. Femu a Corsica refuse « pour raisons stratégiques ».

2/ Avant le premier tour de dimanche dernier, les deux listes nationalistes engagent des discussions, séparées mais convergentes, avec la liste Renucci. Elles font alors la même analyse : l’UMP s’oppose à la réforme pour la Corse, la gauche y est favorable (Simon Renucci l’a publiquement confirmé). Par conséquent, un accord de principe est passé entre la liste Renucci et les nationalistes.

3/ Dimanche, au soir du premier tour, deux constats peuvent être établis :

-          Les deux listes nationalistes font jeu égal.

-          L’écart entre les listes Renucci et Marcangeli est très important.

4/ Lundi, Aiacciu Cità Corsa confirme qu’elle respectera son engagement vis-à-vis de la liste Renucci, le score décevant de cette dernière ne constituant pas une raison pour renier la parole donnée et pour renoncer à un combat légitime.

5/ Mardi, la fusion est logiquement opérée entre les listes Aiacciu Cità Corsa et Renucci, sur la base d’un accord public de mandature et d'un soutien à la réforme.

Conclusion : La démarche reste la même. Le discours demeure identique. Aucun reniement. Strada diritta.

 

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 12:38

drapeau corse

La tragédie de ces jours derniers à Paris doit nous conduire à réfléchir sur les fractures profondes que connaissent nos sociétés européennes, fractures encore largement masquées par un unanimisme de façade généré par le succès des manifestations qui se sont déroulées partout en France. En Corse également. Pourtant, dans les temps à venir, chacun devra inévitablement se poser un certain nombre de questions. Depuis quelques heures, le refus de rendre hommage aux victimes, enregistré dans de nombreuses écoles de l’hexagone, dément cette cohésion du peuple français vantée par les médias. La première question à se poser pourrait-être : « Les autorités françaises ont-elles été à la hauteur de la situation ? » S’agissant de la forme, oui, sans conteste : la dignité d’un Président décrié jusqu’alors, les paroles fortes d’un premier ministre sévèrement blâmé il y a encore quelques jours, ont été saluées de façon générale. Quant à la gestion policière des événements, elle a donné un résultat que la plupart des Français ont sans aucun doute apprécié. Reste le fond politique, et ce n’est pas négligeable. C’est même le plus important pour l’avenir. En ce qui nous concerne, nous commenterons ici deux orientations majeures de la ligne politique affichée par les responsables français.

« Ce sont les valeurs républicaines de la France qui sont visées »

Cette affirmation nous paraît radicalement erronée. La France est sans doute une cible prioritaire pour l’islam dévoyé (Etat Islamique, Al-Quaïda…), en raison de son rôle dans les opérations militaires au Moyen-Orient. Toutefois, ce n’est pas seulement la France, ni l’Europe, ni même l’Occident que ce courant veut attaquer et – si possible – détruire, mais tout ce qui n’est pas lui. Ses ennemis sont tous ceux qui ne partagent pas sa vision, délirante, de l’islam : les autres musulmans en premier lieu, et puis les autres, qu’ils soient chrétiens, juifs, bouddhistes, agnostiques ou athées. La « guerre » – car il faut appeler les choses par leur nom – a été déclarée à l’ensemble du monde civilisé. L’Afrique est en première ligne mais tous les continents sont concernés. Cet islam dévoyé que nous évoquons ici dispose de réseaux – cela était déjà vrai il y a quinze ans –, mais aussi, dorénavant, d’un état et non d’un « prétendu état » (formule aussi puérile que le slogan « Même pas peur ! » scandé par des foules littéralement sidérées). L’Etat Islamique dispose d’un large territoire, d’une redoutable armée, d’une administration, d’un système judiciaire – fou mais à sa manière efficient –, d’une fiscalité, d’une économie – et même d’un flux, massif, d’exportations pétrolières. Que ces exportations soient illégales au regard du droit international n’empêche pas l’Etat Islamique d’encaisser des fonds considérables. Que cet état ne soit pas reconnu par la communauté internationale ne change rien au problème. Du reste, il semble bien pourvu d’une diplomatie, si l’on considère la bienveillance manifestée par certains de ses voisins. On sait, depuis au moins les « événements d’Algérie », que le mot « guerre » doit être soigneusement évité, car anxiogène. De la même manière, il est plus rassurant de considérer que Daesh n’est pas un « état », mais une organisation terroriste de plus. Toutefois, un gouvernement n’est pas une cellule de soutien psychologique. Bannir les mensonges et les circonlocutions, dire les choses, sans excès mais avec honnêteté, n’est pas seulement un devoir mais la condition du salut collectif. L’Europe, et non seulement la France, doit regarder le problème avec réalisme et rechercher, avec les autres forces civilisées, les moyens d’y faire face. En attendant, il est particulièrement mal venu – et imprudent – de donner l’impression que la France est visée en tant que telle et de s’enivrer du statut, éphémère et périlleux, de « capitale du monde ». Capitale dont la Magna Carta serait un journal satirique…

La caricature, ce droit de l’homme

Autre point fort de la communication officielle : Charlie-Hebdo devient le dépositaire des valeurs républicaines, alors qu’il était jusque-là isolé et critiqué en haut lieu (souvenons-nous des déclarations hostiles du premier ministre français Jean-Marc Ayrault et de la condamnation du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, au moment de l’affaire des caricatures de Mahomet). Comme l’a  fort justement observé l’un des survivants de la rédaction, il est pour le moins étrange de vouloir faire un symbole d’un journal qui n’a eu de cesse de s’attaquer aux symboles ! Dire que ce qui s’est passé la semaine dernière est une infamie, manifester sa solidarité et sa compassion à l’égard des victimes est naturel. Présenter ces dernières comme des héros de la République sacrifiés sur l’autel de la liberté paraît discutable. Tout comme l’idée exprimée sur les ondes de les conduire immédiatement au Panthéon, version laïque et républicaine du « Santo subito »… Mais tout cela n’était pas suffisant : les rescapés de l’attentat ont été sommés de produire un nouveau numéro du journal plus blasphématoire que jamais, afin de bien signifier que la France considérait désormais la caricature extrême comme le premier des droits de l’homme – ou plutôt comme le devoir citoyen le plus essentiel. On aura donc une nouvelle « une » sur Mahomet, blasphématoire en diable (avec, pour faire bonne mesure, une caricature de Sœur Emmanuelle aussi irrespectueuse que possible. « Désolé, on n’a pas réussi à faire pire… »). Après quoi, on propose benoîtement à des milliers d’enfants français de confession musulmane d’observer une minute de silence en signe de… respect.  Et l’on s’interroge sur l’étonnant refus d’une large part d’entre eux. Ces enfants et leurs parents sont-ils des suppôts de l’Etat Islamique ? Cela paraît douteux. Mais on voudrait les jeter dans les bras de Daesh que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Faire d’un événement horrible l’occasion d’une cohésion populaire était l’objectif affiché. Il était louable. On a à l’inverse aggravé les fractures qui travaillaient les sociétés française et européenne.

À en croire la couverture de Charlie-Hebdo, Mahomet pleure.

Le diable (étymologiquement « celui qui divise ») se réjouit. Al-Baghdadi rit aux éclats.

La manie de l’absolu

Comme l’a montré Hannah Arendt dans son essai On Revolution, les Français ont voulu que leur monarchie absolue soit suivie d’une Révolution tout aussi absolue, instaurant des principes eux-mêmes absolus. À la différence des révolutionnaires américains, lesquels ont toujours recherché des équilibres entre les idées et entre les pouvoirs. Cette dernière attitude paraît effectivement plus raisonnable, puisque les différents principes ne vont malheureusement pas dans le même sens. L’exemple qui vient immédiatement à l’esprit est celui du couple – contradictoire et complémentaire – liberté-égalité. La liberté d’expression a pour sa part une place majeure dans tous les pays se prétendant démocratiques. Depuis quelques jours, on répète ad nauseam qu’en France ce principe est « absolu », tout en précisant cependant qu’« il n’est pas illimité ». Comprenne qui pourra. Sachant que le mot absolu signifie précisément « qui n’admet aucune restriction, aucune exception ni concession », on voit bien le problème. La vérité est que le droit français comprend un grand nombre d’exceptions – très nécessaires au demeurant –, protégeant les personnes de la diffamation et de l’injure publique, interdisant les propos racistes, antisémites, homophobes, etc. Notons ici que la jurisprudence française prévoit une exception dans l’exception : les Corses, que l’on peut donc insulter à loisir. Refermons la parenthèse. À ce stade, on aura compris qu’un tel principe comporte nécessairement des exceptions, et que la quête très française de principes absolus ne peut donner lieu ici qu’à une fiction juridique – ou plutôt politique –, voire à une escroquerie intellectuelle. En France comme ailleurs, ce principe ne peut être qualifié d’absolu si les mots ont un sens. Il est d’ailleurs conçu de façon moins large dans l’hexagone qu’aux Etats-Unis, où la liberté d’expression est protégée par le premier amendement de la Constitution et permet de publier des textes qui seraient interdits au pays de Voltaire. Pourtant, les médias américains sont plus que réticents à l’égard des fameuses caricatures de Mahomet… C’est qu’ils considèrent que le respect pour la foi religieuse est aussi un principe important, bien qu’il ne puisse davantage être qualifié d’absolu. Même réticence en Grande-Bretagne, pays dont le caractère démocratique sera difficilement contesté (son Bill of Rights date de 1689, soit cent ans avant la déclaration française). La différence, c’est qu’il existe en France un autre principe « absolu », celui de laïcité. Ici encore, l’absolu est évidemment hors de portée (en témoigne le très dérogatoire statut d’Alsace-Moselle !) Mais ce principe, marqué par une radicalité à géométrie variable, suffira pour bannir les crèches des lieux publics (quelle avancée démocratique !) et pour… encourager les caricatures du prophète. Nous apprenons à l’instant que la couverture du nouveau numéro de Charlie-Hebdo génère de graves violences en Afrique…

Pour une laïcité sereine et respectueuse : un modèle corse ?

En 1755, à une époque où les Français vivaient sous le joug d’un roi de droit divin, les Corses fondèrent une République démocratique et laïque, sous l’autorité de leur chef Pasquale Paoli. Ce dernier sépara fermement ordre politique et ordre religieux, quitte à être sévèrement critiqué par les « intégristes » d’alors. Il invita des Juifs à venir s’installer en Corse et leur reconnut expressément le droit de vote. Cela paraît naturel de nos jours, mais nous étions au cœur du XVIIIe siècle… Quelques années plus tard, Napoléon s’inspirera de cette politique en œuvrant à l’intégration des Juifs dans l’Etat français.

Paoli respectait les musulmans et hébergeait les corsaires tunisiens lorsqu’ils connaissaient des avaries sur les côtes de Corse. Il entretenait des relations cordiales avec le bey de Tunis. Ces relations étaient fondées sur un respect réciproque. Si la laïcité corse fut une laïcité sereine, c’est que l’île baignait à l’époque dans les Lumières italiennes, lesquelles, à la différence des françaises, ne poursuivaient pas l’objectif d’éjecter le fait religieux de la société. Le maître napolitain des Lumières Antonio Genovesi, dont Paoli fut le disciple, enseignait la séparation du politique et du religieux, mais sans tomber dans l’anticléricalisme violent qui caractérisait les penseurs – et bientôt les révolutionnaires – français. Cette différence de sensibilité ne sera d’ailleurs pas pour rien dans la rupture de 1793 entre la Corse de Paoli et la Convention.

Sécularisation tranquille et tolérance religieuse sont demeurées des éléments essentiels de notre tradition politique. Ce n’est pas un hasard si lors de la seconde guerre mondiale les Corses ont protégé les Juifs, ce qui a conduit Serge Klarsfeld à qualifier notre pays d’ « île des Justes », il y a quelques années devant l’Assemblée territoriale. Aujourd’hui encore, cette tradition politique peut nous aider à penser les évolutions sociétales et les événements politiques européens et mondiaux. S’agissant de notre propre pays, le peuple corse, communauté de droit sur la terre corse, se doit de définir lui-même à partir de son propre génie les conditions de l’intégration, intégration qui s’est faite depuis des siècles de façon naturelle mais qui, compte tenu des bouleversements planétaires, impose aujourd’hui une réflexion approfondie. Sans vouloir imiter des modèles importés qui ne fonctionnent plus nulle part, comme l’intégration à la française dont on voit le résultat, ni adopter les démarches de haine et de rejet qui se développent de l’autre côté de la mer. Pour nous, « respect » sera le maître mot. Un respect bien ordonné, commençant par soi-même. D’abord se respecter donc se faire respecter, comme peuple d’accueil. Ensuite, respecter celui qui est venu en ami. Enfin, combattre la haine et la barbarie, et ne pas lui céder un pouce de terrain. Ces idées sont sans doute valides à l’échelle de l’île comme à celle de l’ensemble du continent, « de l’Atlantique à l’Oural ».

Peut-être que notre petit pays a encore les moyens « d’étonner l’Europe », comme le prédisait le citoyen de Genève. 

Jean-Guy Talamoni, membre de l’Assemblée de Corse

 

 

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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 22:10

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Dans une autre situation, il y aurait beaucoup à dire sur ce que Charlie-Hebdo a publié au sujet de la Corse. Des réserves pourraient également être formulées sur la façon dont les religions y sont traitées, l’islam et le christianisme notamment. Par ailleurs, pourraient être soulignées les responsabilités de la France dans la situation internationale actuelle : son passé colonialiste, qui se perpétue aujourd’hui sous d’autres formes, y compris dans notre pays ; les ambiguïtés et le cynisme de sa politique étrangère de ces dernières décennies… Tout ceci pourrait être développé et le sera certainement dans l’avenir.

Aujourd’hui, il s’agit surtout de dénoncer la folie sanguinaire d’un courant né d’une vision dévoyée de l’islam, étant rappelé qu’il ne relève aucunement de phénomènes groupusculaires mais d’un défi considérable, défi que devront relever l’Europe et le reste du monde civilisé dont, en première ligne, l’Afrique.

À cet égard, la nécessité d’une réflexion et d’une action politique déterminée s’imposeront bientôt à tous, y compris aux Corses. Tout en se gardant de faire la moindre concession aux démarches d’amalgame et d’exclusion, caractérisant une idéologie importée qui n’a rien à faire sur notre terre, car radicalement contraire au paolisme et à notre tradition politique.

Mais il convient surtout pour l’heure de penser aux victimes et à leurs familles.

Et de leur témoigner – sobrement et sans ostentation, comme notre culture et notre forme de spiritualité nous l’enseignent – respect et compassion.

Rispettu per i morti.

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 20:47

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L'année qui vient de s'achever aura vu se poursuivre la démarche de rapprochement entreprise à l'Assemblée de Corse. Une forte majorité d'élus est désormais réunie autour d'un projet de réforme relevant, qu'on l'appelle ainsi ou autrement, d'un processus de construction nationale: officialité de notre langue, protection de notre patrimoine foncier à travers un statut de résident, PADDUC orienté vers un développement identitaire tournant le dos à la spéculation et privilégiant les mesures d'ordre social, Agenda 21, réforme de la fiscalité, nouvelle architecture institutionnelle, demande de révision constitutionnelle pour rendre possible la réforme... Cette avancée vers davantage de souveraineté est à présent à l'ordre du jour des discussions avec Paris, mais force est de constater que les revendications nationalistes de toujours sont désormais celles d'une majorité massive d'élus insulaires. Les initiatives prises par Corsica Libera dès 2010 et le dialogue engagé avec des responsables non nationalistes ont donc commencé à porter leurs fruits. Dans les mois qui viennent, nous poursuivrons nos efforts dans le même sens, celui d'un compromis politique, tout en rappelant que notre objectif à terme demeure l'indépendance nationale.

En juin dernier, prenant en compte ce rapprochement des élus corses, le FLNC a annoncé une décision historique de nature à renforcer cette cohésion. Une telle décision était envisagée depuis un an et demi, comme l'annonçait fin 2012 un communiqué de l'organisation clandestine. Elle a donc été largement mûrie. Chacun doit se convaincre de sa force et de sa portée. Il y quelques jours, lors d'un débat radiodiffusé entre journalistes, ces derniers s'étonnaient de l'écho trop mesuré qu'ils avaient eux-mêmes donné à cette annonce, au regard de son importance... La raison en est simple: l'événement ne relevait pas de l'ordre de l'actualité, qui constitue leur terrain de prédilection, mais de l'ordre de l'histoire. Ses conséquences ne peuvent même pas être mesurées aujourd'hui avec exactitude.

Voilà les conditions dans lesquelles se présente cette nouvelle année. L'espoir d'un règlement de la question corse ne pourra se concrétiser que si notre peuple est capable de créer le rapport de force politique nécessaire avec Paris, afin d'imposer la prise en compte de la volonté démocratiquement exprimée par son Assemblée. Déjà, notre jeunesse a lancé des initiatives en ce sens.

Enfin, il nous faut évoquer la situation de nos prisonniers et de nos recherchés. Cette année encore, les uns et les autres auront passé cette période de fête éloignés de leurs famille. Nous rappelons une fois de plus qu'aucune solution politique ne pourra être trouvée sans que soit réglée leur situation.

À tutti, auguremu a pace, a salute, è a libertà.

(Publié dans Corse-Matin du 6 janvier)

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 13:43

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Suite aux évolutions négatives ayant récemment affecté le PADDUC et aux différentes interventions de ces dernières heures, Corsica Libera rend publique sa position.

Les modifications substantielles ayant été apportées au PADDUC l’écartent de la voie tracée en commun depuis des mois, voie qui avait été actée à travers le PADD. Ces changements ouvrent la porte à des projets dévastateurs, depuis longtemps dans les tiroirs et qui n'attendent que le bon moment pour ressurgir sur la Testa Vintilegna, à Coti Chjavari , dans la Pinède de Calvi, pour ne citer que les plus emblématiques.

Aussi, il faut le dire clairement : en l’état, le PADDUC est inacceptable.

Toutefois, nous ne pensons pas qu’un éventuel report du débat constituerait un signal positif adressé à la société corse. D’autant que l’opposition de droite, dont les critiques ont des motivations diamétralement opposées à celles des nationalistes et des écologistes, n’a pas renoncé à ressusciter son propre PADDUC, de triste mémoire, qui faisait la part belle aux spéculateurs. Il avait en son temps été clairement rejeté par la société corse. Pourtant, certains élus n’ont pas hésité ces derniers temps à y faire référence, et n’attendent qu’un éventuel changement lors des prochaines échéances électorales pour le remettre à l’ordre du jour.

Il nous paraît donc nécessaire de rétablir sans tarder le dialogue entre d’une part les nationalistes, garants du respect du patrimoine naturel de la Corse et d’autre part le Conseil exécutif, afin de remettre le PADDUC sur les rails du PADD dont les principes ont été votés à une large majorité en janvier dernier.

En ce qui nous concerne, nous avons rédigé un certain nombre d’amendements en ce sens et nous estimons qu’une solution peut être trouvée dans les heures à venir, par le dialogue, afin que la Corse dispose enfin d’un PADDUC protecteur et axé sur un développement réellement « durable », et ce dès la fin de cette semaine. Afin de barrer la route, définitivement, au retour du PADDUC Santini-Rocca-Serra. Et fermer la porte à des opérations extrêmement dangereuses.

Il convient de conjurer clairement la tentation d’un pseudo-développement fondé sur la spéculation immobilière, le tout tourisme et, pour alimenter cette démarche, des projets démesurés dont le port de la Carbonite constitue la parfaite illustration. Pour notre part, nous continuerons inlassablement à plaider pour un développement équilibré et maîtrisé par les Corses et pour les Corses.

 

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 14:47

drapeau corse

Aleria 1975-2014. 39 ans. 39 ans et non 40.

Quelle importance, après tout ? Tout est question de conventions, y compris le système décimal. Et puis, il n’est jamais trop tôt pour bien faire… Il est cependant, parfois, un peu tard pour bien dire. Nous y reviendrons.

Il y a quelques jours, nous étions donc à Aleria pour nous souvenir d’un événement important de notre histoire contemporaine.

En août 1975, le commando d’Aleria inaugura symboliquement la révolte des Corses, lesquels revendiquaient simplement le droit à une existence collective, comme peuple. Soit dit en passant, réduire cet événement à une réaction générée par le problème viticole – comme cela a parfois été fait ces derniers jours – est absurde et consternant. 

Quelques mois plus tard, en mai 1976, naissait fort logiquement le Front de Libération Nationale de la Corse, la clandestinité constituant le seul moyen de poursuivre la démarche ouverte à Aleria. En effet, l’issue du bref affrontement – terriblement asymétrique – et le départ d’Edmond Simeoni pour les prisons françaises, montraient qu’à l’évidence il n’était pas envisageable de poursuivre « à visage découvert » ce combat armé que l’ARC avait voulu initier, de façon légitime et irréversible. C’est la raison pour laquelle on doit considérer Aleria et la création du FLNC comme constituant un seul et même moment de l’histoire de la Corse, le second découlant naturellement du premier, sauf à sombrer dans l’inconséquence. La logique aurait donc voulu que l’ensemble du mouvement national affirmât une solidarité patriotique constante à l’égard du FLNC, ce qui aurait considérablement renforcé le camp de la Corse. Ce ne fut malheureusement pas le cas.  

On assista à l’inverse, de la part du courant autonomiste, à la mise en œuvre d’une ligne politique fluctuante, ainsi qu’à l’élaboration d’un champ lexical approximatif et parfois spécieux. Nous pensons notamment ici à l’expression « lutte démocratique » que l’on opposait indûment au combat clandestin, comme si ce dernier n’avait pas pour objectif de servir des objectifs conformes à la démocratie la plus élémentaire : se réapproprier son destin, face à la brutalité d’un Etat étranger et de ses complices dans l’île.

Edmond Simeoni lui-même, dont le comportement exemplaire à Aleria et la légitimité qui en découlait aurait dû faire un opposant redoutable à la politique française en Corse, se mit apparemment à douter. Non seulement il prit ses distances à l’égard du FLNC, mais il en vint à condamner sa propre action, plongeant dans une profonde perplexité ceux qui étaient les mieux disposés à son égard (au nombre desquels nous figurions du reste) : 

"Je n’aurais pas dû occuper la cave d’ALERIA en 1975 où sont morts deux hommes jeunes et où un autre a été gravement blessé." (conférence de 1987 au théâtre de Bastia).

Depuis, le discours des responsables autonomistes a souvent varié au gré des circonstances.

C’est donc avec une grande satisfaction que nous avons, ces derniers jours, enregistré l’hommage appuyé d’Edmond Simeoni au FLNC, regrettant cependant que pour le formuler, le leader historique ait attendu que l’organisation clandestine décide la fin de ses activités militaires. Au moment le plus intense du rapport de force entre le FLNC et l’Etat français, une solidarité sans faille de l’ensemble du mouvement patriotique aurait été précieuse.

Il est bon d’entendre enfin reconnaître la légitimité de l’action clandestine. On ne peut toutefois manquer de se dire : « Que de temps perdu ! ».

Par-delà les regrets, tirons les enseignements de notre histoire. Bannissons désormais, résolument, les palinodies.

Et tenons pour acquis que la ligne droite, a strada diritta, constitue toujours la meilleure voie.

 

 

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 10:03

Ghjurnate

- Remerciements aux délégations étrangères et invités corses d’autres formations politiques.

- Remerciements à tous les militants de Corsica Libera qui ont contribué à l’organisation des journées internationales.

- Salut aux prisonniers et à tous ceux qui sont poursuivis par la justice française pour avoir défendu la Corse.

 

Quelques semaines après une initiative de portée historique, il nous faut rendre un hommage fervent à tous les Corses qui, depuis presque quarante ans, ont rejoint les rangs du Front de Libération Nationale de la Corse.

Nous avons une pensée particulière pour ceux qui ont donné leur vie pour que vive la Corse. Nous saluons respectueusement leurs familles, dont certaines sont représentées ce jour aux Ghjurnate.

Par leur combat, les militants clandestins ont permis à notre peuple de ne pas disparaître.

La décision qui vient d’être prise relève d’une démarche unilatérale et généreuse, de la part d’une organisation politico-militaire invaincue, et ce malgré la disproportion des forces en présence. Elle met un terme à un parcours de plusieurs décennies jalonné de nombreux sacrifices.

Il y eu des erreurs, sans doute. Le Front le reconnait d’ailleurs dans son texte. Mais il n’existe aucune action humaine exempte d’erreur. Ceux qui ont assisté les bras croisés à la disparition de leur peuple sont en tout cas singulièrement mal placés pour donner des leçons. Et je ne parle pas de ceux qui ont trahi la Corse pour servir leurs ambitions et intérêts particuliers.

Quessi, ch’elli stianu zitti.

Le FLNC a quant à lui repris à son compte les attributs de la souveraineté de l’Etat corse de Paoli, dévasté par la conquête française et la sombre période qui suivit.

L’organisation clandestine doit donc être jugée comme le serait un Etat, sur son action politique globale, dans une période au demeurant plus que difficile.

Ceux qui font preuve de la moindre once d’honnêteté intellectuelle ne peuvent que mettre au crédit du FLNC :

-        Les statuts particuliers successifs depuis le début des années 1980,

-        La préservation de notre patrimoine naturel, en particulier de notre littoral,

-        La réouverture de l’Université de Corse, la prunelle de nos yeux et l’avenir de nos enfants.

Surtout, le Front a maintenu, au prix de multiples sacrifices, la flamme fragile de la liberté face à la domination française.

Alors, je vous demande d’applaudir chaleureusement les militants du Front de Libération Nationale de la Corse, sans lesquels rien n’aurait été possible hors la voie, indigne, de la soumission.

 

Quelques mots sur la situation politique actuelle de la Corse et l’attitude du pouvoir parisien.

Le comportement du gouvernement français est absolument inacceptable. Le ministre Caseneuve est venu dans l’île se livrer à une insupportable provocation, formulant une méprisante fin de non-recevoir aux légitimes demandes de l’Assemblée de Corse.

Quelle était donc son intention en agissant de la sorte ? Sans aucun doute ébranler la cohésion des élus corses autour de leur projet de réforme, cohésion qui de toute évidence dérange une partie des responsables français, les plus intransigeants, les plus inaccessibles aux solutions d’apaisement et de construction, ceux qui se drapent dans les plis d’un républicanisme suranné alors que leur propre république part en lambeaux sous les yeux d’un monde incrédule, qui se demande comment la France a pu en arriver là, entre le passage d’un premier ministre en correctionnelle et la garde à vue d’un ancien – et peut-être futur – président de la République…

La France fut un grand pays, même s’il n’a jamais été le nôtre, et c’est ce qui explique que nombre de nos compatriotes ont accepté l’idée d’unir à sa destinée celle de notre peuple, et même d’offrir leur vie – comme il y a cent ans cette année – pour un drapeau qui désormais ne fait plus rêver personne, en France même. Ce drapeau, nous ne l’avons pour notre part jamais arboré et nous ne le ferons jamais. Quelle que soit l’évolution que connaîtra la Corse sur le plan institutionnel dans les années à venir, nous ne reconnaitrons jamais le principe de la tutelle française sur notre pays. Nous n’accepterons jamais comme une fatalité la prééminence du bleu-blanc-rouge sur la tête de maure, ni même la présence concurrente de ces deux drapeaux entre Ersa et Bunifaziu.

Certains vous diront : « les symboles n’ont pas d’importance, il faut être pragmatique ». Mais l’homme ne vit pas que de pain. Dans le même esprit, une dame demandait, lors d’une réunion publique organisée à Bastia sur la langue corse, à quoi bon cette langue pouvait bien servir dans le monde actuel… Une question étrange mais significative de certaines évolutions. La langue corse est évidemment utile, mais ce n’est pas pour cela que nous voulons la conserver et la développer. Nous la défendons, non parce qu’elle fait partie de ce que nous avons mais parce qu’elle participe de ce que nous sommes. Si l’on accepte d’entrer dans cette conception utilitariste de la politique, malheureusement fort répandue aujourd’hui, si les symboles n’incarnent plus la voie commune à suivre, si tout ce qui est immatériel est écarté au nom du pragmatisme, que reste-t-il de la politique : di sparte si a manghjatoghja cum’elli ferebbenu i porchi ? Une société humaine se construit dans l’équilibre entre le matériel et l’immatériel, entre le pragmatique et le poétique, entre le pratique et le symbolique…

Chacun l’aura compris, à Corsica Libera, nous ne sommes pas pour « l’autonomie interne dans le cadre de la République française », comme l’on proposé des générations d’autonomistes, et c’était leur droit le plus strict. Pour nous, la Corse est une nation de droit naturel et il nous paraît nécessaire qu’elle retrouve un jour la pleine souveraineté. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes prononcés non pour un objectif figé d’obtention d’un nouveau statut institutionnel, mais pour un processus évolutif de dévolution des pouvoirs, du type de ceux qui se développent actuellement en Grande-Bretagne. Du reste, la vie politique, comme la vie tout court, ne peut être figée, et rien n’arrêtera demain la marche des Corses vers leur souveraineté. Ne voit-on pas au demeurant, ailleurs en Europe, avec notamment les référendums d’indépendance d’Ecosse ou de Catalogne, que pour une nation, le terme naturel du parcours est la pleine liberté ?

Pour autant, nous respectons les Corses qui, ne partageant pas nos convictions nationales, se refusent encore à envisager la rupture avec la France. Nous les respectons et reconnaissons leur part de légitimité politique comme ils reconnaissent aujourd’hui la nôtre.

C’est cette reconnaissance mutuelle qui a permis l’ouverture du dialogue à l’Assemblée de Corse.

C’est cette reconnaissance mutuelle qui a permis le débat auquel vous venez d’assister.

C’est cette reconnaissance mutuelle qui permet aujourd’hui la réconciliation de notre communauté avec elle-même.

Car face à nous, nous avons toujours la même arrogance parisienne. Nous avons face à nous un semblable mépris, et même si les discours ministériels ne sont pas identiques, ne nous y trompons pas : rien ne viendra jamais de la bienveillance de la France qui n’en a du reste jamais manifesté à notre égard. Il y a à Paris des responsables plus intelligents que d’autres et ceux-ci savent déjà que tôt ou tard, la position intransigeante deviendra intenable. Elle deviendra intenable car nous ferons tout pour créer de nouveaux rapports de forces en faveur des intérêts insulaires.

Une nouvelle phase de lutte vient de s’ouvrir avec l’initiative du FLNC. Désormais, chacun est face à ses responsabilités.

En ce qui nous concerne, nous sommes conscients des nôtres. Le Front a appelé ses militants et l’ensemble des Corses qui se reconnaissent dans sa démarche à renforcer nos rangs. Cette confiance nous honore mais elle nous oblige également. Nous ferons tout pour nous en montrer dignes.

Dans les semaines à venir, nous nous attacherons à créer les conditions d’une riposte massive, populaire, et d’union nationale, face au refus parisien de prendre en compte le fait démocratique. Nous proposons de concrétiser cette riposte par la constitution d’une plate-forme politique associative et syndicale, réunissant l’ensemble des forces vives de l’île, pour manifester publiquement la volonté des Corses de voir prendre en compte les décisions majoritaires de leur Assemblée. D’une telle démarche, notre jeunesse a d’ailleurs montré la voie et je veux ici rendre hommage à la Ghjuventù Indipendentista qui a été ces derniers mois à l’origine de mobilisations exemplaires.

Dans le même temps, Corsica Libera lancera une démarche visant à internationaliser la question corse. Nous savons que l’Europe est attentive à l’évolution de la situation dans l’île et au-delà-même des frontières du continent, certains Etats s’étonnent de voir les Français, si prompts à donner des leçons de démocratie au reste du monde, demeurer sourds aux demandes démocratiquement formulées par les élus d’un peuple autrefois conquis par les armes et qui exige – dans un premier temps – de voir profondément changer des relations que partout ailleurs on qualifierait de coloniales.

La démonstration du caractère colonial de la domination française sur l’île avait du reste naguère été faite par un premier ministre de la France devant la représentation parlementaire. Il s’agissait, chacun s’en souvient, de Michel Rocard. Cet aveu, formulé au plus haut niveau de l’Etat Français, demeurera une pièce de notre dossier face aux autorités internationales, mais l’essentiel sera bien entendu les délibérations récentes de notre Assemblée demeurées lettre morte. Au XVIIIe siècle, face à la tyrannie génoise, les Corses s’adressèrent à l’opinion internationale au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, concept qu’ils venaient d’inventer et d’insérer dans leur Constitution de 1755.

Aujourd’hui, il nous appartient également d’attirer l’attention internationale sur l’injustice qui nous est faite, d’autant qu’à notre époque, personne ne croira plus sur parole les dirigeants français, comme cela aurait encore pu être le cas il y a seulement quelques années.   

Voici pour les perspectives immédiates qui, une fois de plus, seront des perspectives de lutte.

Mais il nous faut cependant, pour la première fois, envisager une séquence d’une nature très différente. Dans un an et demi auront lieu des élections territoriales qui seront importantes pour la Corse. Plus importantes que jamais compte tenu du changement qui, d’une façon ou d’une autre, sera alors en cours. Chacun s’accorde à reconnaître que Corsica Libera a apporté la plupart des idées qui sont actuellement au cœur de la réforme : transfert de fiscalité, agenda 21, compagnie publique maritime de la Corse, cooofficialité du corse, statut de résident, réforme de la Constitution française pour permettre ces différentes innovations…

Si nous rappelons tout ceci, ce n’est pas par vanité d’auteur mais simplement pour dire que l’apport qui a été le nôtre jusqu’à présent rend évident, non seulement l’utilité, mais la nécessité absolue de la présence de Corsica Libera au cœur de la prochaine construction politique qui aura lieu en Corse.

Que les choses soient bien claires : nous ne souhaitons pas être associés à la gestion de l’île mais, avec les autres forces vives, participer pleinement au gouvernement de ce pays.

Il y a quelques semaines, un vieux politicien insulaire, Nicolas Alfonsi, s’exprimait dans la presse. Nous devons avant tout rendre hommage à sa longévité électorale ainsi qu’à sa constance, à l’opiniâtreté qui a été la sienne dans l’expression de son inimitié politique à notre égard. Il disait pourtant une chose intéressante : « Corsica Libera a gagné la bataille des idées à l’Assemblée de Corse ». Et il ajoutait, formulant davantage un vœu qu’un pronostic : « Mais cette victoire restera virtuelle ». Que l’on ait gagné la bataille des idées, il en sait quelque chose car nous l’avons gagnée contre sa famille politique, du reste en voie de disparition. Quant au caractère « virtuel » de notre victoire, sur ce point il nous appartient, il vous appartient, il appartient au peuple corse de le démentir…

Dumane, tutti inseme,

Metteremu in ballu una forza populare, tamanta,

Contru à u disprezzu pariginu,

Contru à tutti quelli chì volenu fà di noi ciò chì ùn seremu mai: un populu sottumessu.

Per a Corsica,

Per u nostru populu,

Inseme vinceremu!

Evviva a Corsica!

Evviva a nazione!

    

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Published by jean-guy talamoni - dans Articles politiques
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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 09:12

drapeau corse-copie-1

(Entretien publié dans Corse-Matin, le 30.VII.14) 

Le FLNC a surpris, en annonçant une sortie progressive de la clandestinité au moment où le ministre Caseneuve semblait avoir fermé les portes à la réforme. Quelle est votre analyse ?

À mon avis, ce serait une erreur de rapprocher ces deux éléments qui ne relèvent absolument pas de la même temporalité. La visite de Caseneuve, comme celle de Madame Lebranchu qui a du reste partiellement contredit les propos du ministre de l’intérieur, sont de l’ordre du conjoncturel pour ne pas dire de l’éphémère. Je vous rappelle quand même que ce gouvernement change de position toutes les semaines sur tous les sujets. La décision du Front en revanche est de l’ordre du stratégique. Cette décision, l’organisation clandestine l’avait laissé prévoir il y a dix-huit mois. Elle explique avoir mené depuis une consultation interne… Si le Front avait dû renoncer à rendre publique cette position à cause des âneries débitées par un ministre ou un préfet, cela voudrait dire qu’il navigue à vue. Ce n’est manifestement pas le cas.

Selon vous, qu’est ce qui a motivé les clandestins ?

Il me semble qu’ils le disent clairement : le vote par l’Assemblée de Corse des point essentiels du projet nationaliste, ainsi que la majorité qui s’est dégagée autour de la réforme, tant à l’Assemblée territoriale qu’au sein de la société corse.

Mais malgré l’infléchissement opéré par Madame Lebranchu, le gouvernement demeure fermé à la coofficialité et au statut de résident…

Effectivement, et cette position est inacceptable car elle relève clairement du déni de démocratie. Comme l’a annoncé l’exécutif de Corsica Libera il y a quelques jours, nous allons à présent demander aux autres courants politiques partisans de la réforme de se mettre en ordre de bataille pour faire prévaloir les intérêts corses.

N’y a-t-il pas une contradiction pour des indépendantistes à voter pour que la Corse soit mentionnée dans la Constitution française ?

La Constitution française, même si elle est au-dessus de la loi, n’est qu’une norme juridique, destinée comme les autres à évoluer en même temps que la situation politique. Pour nous, cette mention de la Corse dans la Constitution française n’a qu’un caractère transitoire, comme d’ailleurs le titre XIII de la même Constitution qui concerne la Nouvelle-Calédonie. Je vous rappelle que ce territoire se prononcera bientôt sur son indépendance ! 

Mais pourquoi cette demande de révision constitutionnelle ? Une loi n’était-elle pas suffisante, comme pour les statuts particuliers précédents ?

Non, car les revendications qui ont récemment été votées par l’Assemblée de Corse ne peuvent être satisfaites sans révision de la Constitution, qu’il s’agisse de la coofficialité de la langue, du statut de résident, ou même du transfert à la CTC de la fiscalité du patrimoine dont le principe a été voté à l’unanimité par les élus territoriaux!

Ce transfert pourrait, selon vous, régler le problème de l’abrogation des arrêtés Miot ?

Tout à fait, car il a été prouvé qu’en jouant sur les assiettes, les abattements et les taux, nous pourrions exonérer toutes les petites et moyennes successions et engranger de surcroît des rentrées fiscales confortables pour la CTC. Bien entendu, ceci implique de taxer plus lourdement les très grosses successions, mais n’est-ce pas une mesure de justice sociale ?

Pour le reste de la fiscalité quels sont vos propositions ?

Depuis de décennies,  nous plaidons pour une « territorialisation des impositions », c’est-à-dire un transfert à la CTC du produit des impôts payés par les Corses. Pour nous, cette démarche est plus efficace et plus digne que de réclamer sans cesse des subventions en provenance de la France. Montrons ce que nous savons faire avec nos propres capacités contributives, qui sont loin d’être négligeables. Pour commencer, la CTC pourrait recevoir, au moins en partie, le produit de la TVA.

La Corse vient de connaître un nouveau conflit dans les transports maritimes. Votre solution demeure la compagnie régionale ?

Plus que jamais ! Depuis des décennies, les intérêts corses sont piétinés par le système SNCM-CGT cautionné par l’Etat français. L’étude de faisabilité d’une compagnie publique corse, dont Corsica Libera a obtenu le lancement à l’automne 2010, doit à présent s’accélérer car il s’agit désormais de la seule hypothèse praticable.

Corsica Libera a récemment évoqué la question des prisonniers ?

Effectivement. À ce sujet, la France s’est déshonorée en reniant son engagement sur le rapprochement des condamnés. Mais à présent, avec la décision qui vient d’être prise par le FLNC, la revendication essentielle devient évidemment pour nous la libération pure et simple, ainsi que l’arrêt des poursuites. Partout dans le monde, une telle mesure a toujours accompagné une sortie de crise. Aucune solution politique ne saurait advenir sans prise en compte de cette question incontournable.  

Selon vous, on s’achemine vers une autonomie de la Corse?

Plus que les mots, ce qui compte c’est le contenu : une réforme audacieuse au bénéfice de la Corse semble à présent largement consensuelle. Mais nous devons la vérité aux Corses, nous ne sommes pas autonomistes et nous n’accepterons jamais le principe de la tutelle française sur notre pays. Pour nous la réforme à venir ne sera qu’une étape, du moins si nous parvenons à convaincre les Corses de soutenir notre projet à terme, le même que celui des Catalans, que celui des Ecossais : l’indépendance pleine et entière. En Europe, pour les nations comme la nôtre, l’autonomie est un projet dépassé, un peu ringard pour tout dire… Personnellement, je préfère parler de processus de « dévolution », comme on dit en Grande-Bretagne. Cette dévolution du pouvoir constitue un processus de transfert des compétences, un processus dynamique, évolutif, pouvant conduire à terme à un référendum d’indépendance, comme en Ecosse.

L’indépendance, c’est crédible ?

C’est-même le seul moyen pour interrompre le processus de déclin culturel et moral de la Corse. Mais sur le plan économique également, cette perspective s’avérera très vite la seule solution. Nous travaillons actuellement  sur le sujet et nous publierons à l’occasion des Ghjurnate internaziunale une première partie de nos réflexions, que nous soumettrons d’ailleurs à nos amis catalans qui préparent quant à eux leur scrutin d’indépendance pour le mois de novembre.

Votre calendrier ?

Dans l’immédiat, nos efforts porterons sur le renforcement du processus de réforme voulu par une majorité d’élus de la Corse et auquel nous avons grandement contribué, en formulant des propositions précises sur les différents sujets, mais également en faisant les gestes nécessaires pour que le dialogue soit noué. À la rentrée prochaine, il faudra faire évoluer le rapport de forces entre la Corse et Paris. La bataille s’annonce rude et le camp de la Corse doit se mettre en ordre de marche. Nous avons des idées à ce sujet, dont nous réservons la primeur à nos partenaires politiques.

 

 

 

 

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  • : Jean-Guy Talamoni
  • Jean-Guy Talamoni
  • : Jean-Guy Talamoni est avocat. Président de l'Assemblée de Corse, il a publié deux ouvrages politiques, "Ce que nous sommes" (Ramsay/DCL, 2001) et "Libertà" (2004), ainsi que trois livres sur la langue corse.
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