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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 19:08

 

Amnesty International vient de rendre un rapport édifiant, intitulé « France, des policiers au-dessus des lois. Ce rapport dénonce un « système qui favorise l'impunité des policiers » accusés de violations de droits humains : « Insultes racistes, recours excessif à la force, coups, homicides illégaux ».

Au moment où commence l’enquête sur l’affaire du jeune Xavier Orsini, d’ores et déjà marquée par une évidente mauvaise foi des autorités françaises, il n’est pas inintéressant d’étudier ce rapport, accablant pour ces mêmes autorités…

 

Morceaux choisis :

 

-         « Ce rapport révèle un système qui favorise l'impunité des policiers accusés de ces actes. Les enquêtes internes par les organes chargés de faire respecter la loi ne témoignent pas d'une indépendance et d'une impartialité suffisante. »

 

-         « Souvent, les victimes qui essaient de se plaindre sont accusées en représailles d'avoir commis un délit d'« outrage » en insultant les policiers. Dans ces circonstances, justice n'est pas rendue aux victimes de graves violations des droits humains. »

 

-         « Par ailleurs, Amnesty International constate l'accentuation manifeste d'un phénomène inquiétant : les personnes qui protestent ou tentent d'intervenir lorsqu'elles sont témoins de mauvais traitements infligés par des responsables de l'application des lois sont elles-mêmes accusées d'outrage (insulte envers une personne dépositaire de l'autorité publique) ou de rébellion (résistance avec violence envers un représentant de l'autorité). »

 

-         « Les actes racistes sont également couverts au nom de la solidarité entre collègues. »

 

-         « Certains avocats ont déclaré à Amnesty International qu'ils avaient déconseillé à leurs clients de porter plainte pour mauvais traitements infligés par des fonctionnaires chargés de faire respecter la loi, au motif que la probabilité d'obtenir gain de cause était minime. »

 

-         « Très précisément, lorsque les autorités chargées des poursuites judiciaires fondent leurs décisions sur les résultats des enquêtes internes sans chercher à obtenir ou sans examiner d'autres éléments de preuve, la plainte pénale contre un agent de la force publique est de fait traitée par l'organe auquel appartient ce dernier, qui décide des suites à donner. Il n'est pas surprenant que ce système soit jugé inéquitable par les plaignants ; »

 

-         « …certaines affaires où l'on voit le ministère public privilégier les dires des agents de la force publique alors qu'ils contredisent les déclarations de plusieurs témoins civils ou qu'ils sont discrédités par d'autres éléments de preuve (comme des enregistrements vidéo ou des certificats médicaux). »

 

-         « Par conséquent, Amnesty International continue d'exhorter les autorités françaises à prendre des mesures pour réformer les dispositifs actuels. »

 

-         « Cette tendance a aussi été constatée avec préoccupation par les organes de défense des droits humains des Nations Unies et par la CNDS, et fait craindre l'existence d'un racisme institutionnalisé au sein des organes chargés de l'application des lois en France. »

 

 

 

 

 

 

 

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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 08:56

À lire : « ADN et enquêtes criminelles » de François-Bernard Huyghe, publié dans la collection « Que sais-je ? » des Presses Universitaires de France. L’auteur s’intéresse particulièrement à la dizaine de décisions de relaxe - suite à des refus de prélèvement - des tribunaux de Bastia, d’Ajaccio, ainsi que de la Cour d’appel de Bastia : « Pareil refus est souvent le cas de militants (…) ils refusent de se prêter à la collecte d’échantillons d’ADN, tout en sachant que leur attitude constitue un délit continu et qu’ils se trouveront devant un tribunal pour y mener une stratégie de rupture en accusant la loi d’être injuste et oppressive (…) Tout refus n’est pas systématiquement sanctionné par le tribunal. Par une « jurisprudence corse » de 2004 à 2006, en première ou en seconde instance, plusieurs nationalistes refusant les prélèvements n’ont pas été sanctionnés. »1

François-Bernard Huyghe cite ses sources, qui ne sont pas si mauvaises puisqu’il s’agit notamment… du mensuel U Ribombu Internaziunale !

En tout état de cause et sans préjuger de ce qu’il adviendra de cette jurisprudence « identitaire », il est tout à l’honneur des nationaux corses d’avoir montré la voie, en refusant de se soumettre à une pratique gravement attentatoire aux droits de la personne humaine.

 

Jean-Guy Talamoni

 

1. Page 92.  

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 18:28

En ces temps où la résistance à l’injustice est d’une actualité brûlante, de la Guadeloupe à Aiacciu, en passant par la salle de la Cour d’assises de Paris, il n’est pas inutile de relire ce petit texte publié la première fois en 1849. Rappelons qu’Henri David Thoreau, poète américain et penseur anticonformiste, fut un précurseur en matière d’écologie et le théoricien de la désobéissance civile. Souvent présenté comme un partisan des seuls moyens « non-violents », il accepta cependant, dans certains cas, le recours à la lutte armée, notamment à travers son Plaidoyer pour le capitaine John Brown (1859).

 

JGT

 

La Désobéissance civile (Civil Disobedience), trad. de Guillaume Villeneuve, Ed. Mille et une nuits, Arthème Fayard, 1996-2000.

 

Morceaux choisis 

 

Sur les législateurs : « …si l’on devait juger d’eux entièrement par les effets de leurs actes et non en partie par leurs intentions, [ils] mériteraient d’être classés et punis avec les êtres malfaisants qui font dérailler les trains. » (page 11).

 

Sur la loi et la justice : « Le citoyen doit-il un seul instant, dans quelque mesure que ce soit, abandonner sa conscience au législateur ? Pourquoi, alors, chacun aurait-il une conscience ? Je pense que nous devons d’abord être des hommes, des sujets ensuite. Le respect de la loi vient après celui du droit. La seule obligation que j’aie le droit d’adopter, c’est d’agir à tout moment selon ce qui me paraît juste. » (p. 12).

 

Sur la vertu : « Il y a neuf cent quatre-vingt-dix-neuf professeurs de vertu pour un homme vertueux. » (p. 18).

 

Sur la notion de majorité, à propos de l’esclavage : « Je n’hésite pas à dire que ceux qui se baptisent abolitionnistes devraient retirer sur-le-champ leur soutien effectif, tant personnel que matériel, au gouvernement du Massachusetts sans attendre qu’ils forment une majorité d’une personne. […] D’ailleurs, tout homme plus juste que ses prochains forme déjà cette majorité d’une personne. » (p. 25).

 

Ou encore : « Quelle force a une multitude ? Seuls peuvent me contraindre ceux qui obéissent à une loi plus altière que la mienne. Ils me contraignent à les imiter. » (p. 34). 

 

Sur l’emprisonnement, sans doute la phrase la plus connue de ce petit ouvrage : « Sous un gouvernement qui emprisonne un seul être injustement, la juste place du juste est aussi la prison. » (p. 27).

 

Toujours sur la prison, que Thoreau a connue : « Et comme je regardais les murs de pierre massive, épais de deux ou trois pieds, la porte de bois et de fer épaisse d’un pied, la grille de fer qui altérait la lumière, je ne pouvais m’empêcher d’être frappé par la stupidité de cette institution qui me traitait comme si je n’étais que chair et os, à enfermer. […] Je ne pus m’empêcher de sourire en voyant avec quel soin ils refermaient la porte sur mes méditations, qui les suivaient aussitôt à l’extérieur, sans encombre : c’étaient elles qui étaient dangereuses, en réalité. Comme ils ne pouvaient m’atteindre, ils avaient décidé de châtier mon corps ; tout comme les gamins, s’ils ne peuvent s’en prendre à la personne à laquelle ils en veulent, injurient son chien. » (p. 33).

 

Sur la richesse : « Le mieux qu’un homme puisse faire pour sa culture lorsqu’il est riche, c’est de s’efforcer d’accomplir les projets qu’il avait, pauvre. » (p. 30).

 

Enfin, sur le droit à la résistance : « Tous les hommes admettent le droit à la révolution ; c'est-à-dire le droit de refuser l’allégeance au gouvernement, et celui de lui résister, quand sa tyrannie ou son inefficacité sont grandes et insupportables. Mais presque tous disent que ce n’est pas le cas à présent. Mais tel était le cas, estiment-ils, lors de la révolution de 1775. Si l’on devait me dire que le gouvernement de l’époque était mauvais parce qu’il taxait certaines commodités étrangères introduites dans ses ports… » (p. 15).

 

Comme on le voit, on trouve de nombreux sujets de méditation, bien actuels, en ces quelques dizaines de pages écrites il y a si longtemps…

 

                                 

 

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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 23:46

 (Quelques fragments d’un texte d’une saisissante actualité) 



« Quelle doit être la conduite de la Corse à l’égard de la France ? Doit-elle continuer à subir le fait accompli, ou bien doit-elle revendiquer son indépendance ? Nous croyons que ce dernier parti est celui qu’il lui convient de prendre, par cela même qu’il est le plus digne. Insultée, bafouée, vouée aux gémonies par la presse française, son honneur et sa dignité lui commandent impérieusement cette résolution… »

Ces lignes ne sont pas issues d’un manifeste de Corsica Libera. Elles sont extraites d’un petit texte lumineux - bien que méconnu - publié en 1870 par D.-M. de Buttafoco : « La Corse et la France ».1

Dès l’incipit, l’auteur annonce la couleur : « La Corse était une nation indépendante et libre avec un gouvernement issu de la volonté nationale, des institutions en rapport avec les besoins, les aspirations, le caractère et les mœurs de ses habitants, une magistrature intègre et énergique, des lois sages. Mais tout à coup cette nation disparaît pour se fondre dans une autre. La France, qui depuis longtemps convoitait la possession de cette île… »

Quelques pages plus loin, il ajoute : « la Corse n’est devenue un département français qu’à la suite d’une lutte inégale… », ouvrant la voie aux rédacteurs de A Cispra qui écriront, quarante ans plus tard, la fameuse formule : « A Corsica ùn hè micca un dipartimentu francese : hè una nazione vinta chì hà da rinasce ! ».2

D.-M. de Buttafoco répond par ailleurs au sempiternel argument parisien tiré du mensonge de la « solidarité nationale » (dont les dirigeants français continuent à nous rebattre les oreilles de nos jours !) : « …depuis cent ans que la Corse est française, le nombre des améliorations et des bienfaits dont elle a été comblée se réduit à un chiffre à peu près insignifiant. Nous n’exagérons rien, nous constatons. »

Non sans élégance, il se refuse à profiter des problèmes rencontrés par la France pour obtenir l’indépendance qu’il appelle de ses vœux (« Mais le moment n’est pas encore venu de discuter de ce sujet. »). En effet, l’heure est selon lui à « l’expulsion de l’ennemi », l’honneur commandant de livrer une guerre sans merci aux Prussiens. Ensuite, il sera temps pour les Corses de faire valoir « le vif sentiment de leur indépendance et de leur dignité. »

Et l’auteur de conclure : « Eh quoi ! nous les enfants de Sambucuccio, de Sampiero, de Ceccaldi, de Giafferi, de de Paoli, nous les descendants des premiers apôtres de la liberté en Europe, nous nous voilerions la face devant le mépris insolent de nos dominateurs, et refoulant au fond de l’âme tout sentiment de légitime indignation nous justifierions par une indifférence leur attitude à notre égard, Non, cela ne peut pas être, cela ne sera pas. »

Comme on le voit, si le style est quelque peu emphatique et désuet, les thématiques et l'argumentaire demeurent d'actualité.
 

J.-G. Talamoni

 

  1. Bastia, Typographie Ollagnier.
  2. A Cispra, Antologia annuale, mars 1914, ANT GED, Marseille, p. 2.

 

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 22:30

 

 

 

C’est un roman que nous offre cette année Jean-Claude Rogliano, renouant avec un genre littéraire qui en fit, dès le début des années 80 avec Mal’ Cunciliu, l’un de nos meilleurs auteurs. On se souvient que ce roman avait inspiré à Jean-Paul Poletti une chanson dont les harmonies ont depuis traversé les décennies. Auteur de nombreux textes et de la série Légendaires (France 2), Jean-Claude Rogliano est demeuré un animateur culturel aux multiples talents, que l’on ne se lasse jamais d’entendre évoquer la Castagniccia, la Corse ou le monde… Il se penche aujourd’hui sur un personnage d’histoire et de légende, Théodore de Neuhoff, roi de Corse. Ce dernier, brièvement mentionné par de nombreux historiens comme un aventurier allemand au règne éphémère, voire un roi d’opérette, mérite certainement un jugement plus nuancé. Rappelons que son action politique fut notamment marquée par la création d’une monnaie nationale et la proclamation de la liberté de conscience, ce qui n’était pas pour l’époque une mince avancée. Au XVIIIe siècle déjà, James Boswell, se fondant notamment sur l’appréciation de Pasquale Paoli, avait reconnu les aspects positifs de son passage dans l'île.

De celui qui demeure un mystère historique, Jean-Claude Rogliano fait un personnage de roman.1 Il nous introduit dans une époque particulièrement troublée, s’appuyant à la fois sur des sources authentiques, comme les Mémoires de Sebastianu Costa2, et sur sa parfaite connaissance de notre peuple, de ses qualités, de ses travers (d’hier et d’aujourd’hui !): vaillance au combat, inclination à nourrir de stériles querelles internes. On appréciera notamment l’évocation des dissensions opposant les chefs corses, ainsi que des intrigues auxquelles elles donnèrent lieu. Jean-Claude Rogliano nous fait, avec le même bonheur, voyager des bas quartiers londoniens au cœur de notre maquis. Dans la description de ses personnages, nous retrouvons bien la magie qui avait donné vie à Lezia de Mal’ Cunciliu.

Par ce retour à la veine romanesque, Jean-Claude Rogliano signe l’un de ses plus beaux ouvrages.

 

Jean-Guy Talamoni

 

1. Pour une approche historique, lire notamment : Antoine-Marie Graziani, Le roi Théodore, Tallandier, Paris, 2005.

2. Sebastianu Costa, Mémoires, 1732-1736, édition critique, traduction et notes par Renée Luciani, Aix-en-Provence, 1975.

 

 

Les mille et une vies de Théodore, roi de Corse, JC Lattès, Paris, 2009.

 

Extraits :

 

« La neige, parce qu’elle ourlait les rebords crasseux des fenêtres, recouvrait les ordures entassées près des portails, pétrifiait les eaux grasses charriées par les rigoles au milieu des ruelles, était peut-être pour les habitants de Soho plus magique qu’ailleurs.

Sous un porche, deux prostituées se disputaient un client indécis. L’une d’elle, celle qui, fardée de mauve, avait le front tatoué d’un troisième œil, ne lui lâchait pas la main, l’attirant vers l’entrée tandis que l’autre, une longue rousse édentée, la menaçait de lui labourer le visage de ses ongles. À quelques pas, une bande d’enfants s’amusait à suivre un ivrogne qui, entre deux éructations, vociférait des injures ponctuées de gestes obscènes. » (P. 12). 

 

« - Et où serait-il celui par qui arriverait notre salut ? Autour de nous ? À voir comment la concorde règne entre nous, si rien ne change, nous risquons de l’attendre longtemps encore ! (…)

- Il faut reconnaître, finit par lâcher Ceccaldi, que notre ami a

quelques raisons d’épancher sa colère. Nous ne saurions d’autant moins l’en blâmer à considérer le dévouement avec lequel il sert notre cause. Alors qu’avec ses hommes, il risque sa vie à multiplier les engagements parfois à un contre dix, nous autres, nous dépensons autant d’énergie à régler nos comptes entre clans rivaux qu’à combattre un ennemi qui tire le plus grand bénéfice du formidable gâchis qu’engendrent ces querelles. 

- Et cela dure depuis des siècles, soupira Giafferi. » (P. 164).

 

 

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 16:05

(Publié dans U Ribombu, novembre 2005)

 

 

Une bien belle histoire… une « confession poétique », comme l’indique l’auteur lui-même. L’objet de ce texte sui generis : une relation triangulaire entre l’ombre omniprésente d’un écrivain disparu, la veuve de ce dernier et le narrateur. Celui-ci se trouve bientôt en situation délicate, attiré dans un piège tendu par un fantôme et une véritable « mante littéraire ». Il ne pourra s’en extraire qu’en faisant appel à sa seule arme : la profondeur de ses racines, l’âme corse qui lui sert de cuirasse et d’ultime recours. Les décennies traversées par le récit sont également au nombre de trois : années 50, 60, puis 70. Le parcours obéit ainsi à un rythme ternaire, dans le temps, mais aussi dans l’espace : Paris, l’Italie et la Corse. La Corse qui réapparaît tout au long de l’ouvrage, avec la régularité d’un métronome. La Corse avec ses hommes, ses montagnes (Kyrie Eleison), avec sa langue. Si le texte est principalement écrit en français, l’italien y a également sa place et, plus rarement mais dans les moments forts, le corse. Ce triangle linguistique participe de la singulière harmonie de l’ouvrage, où le style coruscant, la culture et la sensibilité de Marie-Jean Vinciguerra trouvent pleinement à s’exprimer.

 

Jean-Guy Talamoni

 

EXTRAITS

 

« J’ai rêvé cette nuit que je m’élevais dans le ciel par la seule force de ma volonté. La vielle cité génoise dressait ses édifices comme la mâture altière d’une nef. C’était Bastia, ma ville natale. Je suis resté suspendu dans les airs, immobile. Une voix m’appelait. Le vent m’a fait dériver… J’ai survolé d’autres îles, d’autres villes, de plus en plus vite. J’avais laissé, derrière moi, ceux que j’aime. Le libecciu m’emportait encore plus loin. »

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« J’éprouve pour Edoardo une affection filiale. N’est-il pas mon père spirituel ? Comment le situer par rapport à mon père ?

J’attendais de celui-ci qu’il m’expliquât le monde. Avare de mots, il comptait ses paroles comme des cartouches qu’il fallait économiser.

Seuls les actes lui importaient. Il méprisait les lâches et ceux qui n’avaient pas le courage de prendre parti. La sentence tombait, celle de Dante, un poète qu’il connaissait par cœur.

« Misericordia e giustizia li sdegna

Non ragioniam di loro, ma guarda e passa »

Façonné par un pays pauvre, il était austère comme la plupart de ses compatriotes de l’ancienne Corse. Mais en un sourire il dessinait toute la tendresse du monde.

Il cultivait u so’ ortu, son jardin, aimait à planter et greffer ses arbres.

Sobre, il connaissait les vraies saveurs.

D’un geste large, il embrassait les collines de Corte. Il commentait : « Quì, figliolu, sò andatu à caccià u cignale, ici mon fils, j’ai chassé le sanglier ». Il visait juste.

Il m’a fallu des années pour comprendre que cet homme était un saint.

Il pesait la vie à l’aune du silence. »

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« Et pourtant, tout au fond, j’entends comme un appel secret, celui de voix lointaines, le cri d’une culture enfouie. Il me faut reconquérir cette culture comme une cithare à plusieurs cordes. Ce sera mon miracle grec. (…) Ah ! Pouvoir m’arrimer à mon île, laisser monter en moi la vivifiante sève de ses forêts. »

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« Adriana,

Je t’écris de mon île où j’ai retouché terre. Ici, j’ai pris la distance nécessaire pour y voir clair et décider. Je sais désormais quelles sont les frontières à ne pas franchir. Ce sont celles d’un territoire sacré : le respect. Ma terre n’aurait qu’une vertu, ce serait bien celle-là : u rispettu. »

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« Me voici, après trois années passées en Haute-Volta, de retour dans mon île tourmentée et pourtant dans mon errance seul point fixe rêvé. Ici est mon lieu matriciel. Je vais m’y enraciner, le regard sur les îles et face à ce Kyrie Eleison en majesté. »

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 15:58

 

 

(Publié dans U Ribombu, octobre 2005)

 

 

Le titre de ce roman peut ressembler à une provocation. Ces trois lettres évoquent pourtant mieux qu’un long discours la situation politique, sociale et morale de l’île que retrouve le narrateur après une longue absence. Mais si le titre surprend, le contenu ne relève pas davantage du politiquement correct. Dès les premières lignes, le lecteur sait qu’il ne s’enfoncera pas dans l’un de ces textes insipides dont l’édition nous submerge. Il comprend que l’auteur ne fait pas semblant de contester le cours des choses. Aujourd’hui comme hier, nombreux sont ceux qui se donnent des allures de rebelles, alors qu’ils évitent soigneusement de sortir des clous, en bons « mutins de Panurge » qu’ils sont. Paul Antonietti, en revanche, n’hésite pas à bousculer, à déranger, y compris - et surtout - ceux qui se reconnaissent dans sa vision de la Corse et du monde. En dernière analyse, se dégage de cette œuvre un profond humanisme. En illustrant, d’une manière très originale, cette perpétuelle relation dialectique entre la Corse et le reste de la planète, la plume corrosive - mais salutaire - de Paul Antonietti nous invite à nous réapproprier toute notre singularité, seule voie praticable pour accéder à l’universel.

 

                                                                                                 Jean-Guy Talamoni

 

 

EXTRAITS :

 

« Un jour, j’avais demandé à ma grand-mère si je pouvais rester, reprendre la vigne de la plaine, les jardins, le maquis et les châtaigniers. Tout était à l’abandon. (…) J’ai compris que, pour elle, rester, c’était déchoir. Partir, c’était s’élever, loin du regard des autres. Elle aimait Dieu, la France et de Gaulle – elle avait dû pleurer quand il avait quitté le pouvoir. Et puis mon grand-père, qui avait fait les deux guerres et ramené des décorations, je ne pouvais pas lutter contre ça. »

                                   -----------------------------------------

« J’étais tombé par hasard sur le maire de Bastia, député et ministre (…). Comme je lui disais Monsieur le Ministre – il faut toujours commencer comme ça avec eux, il était ministre de la Réforme de l’Etat, ce qui avait fait rire toute la Corse et le monde politique, et confirmé la volonté du Premier Ministre de l’époque de n’engager aucune réforme en ce domaine – donc « Monsieur le Ministre, un jour j’aimerai retourner vivre dans notre île », il m’avait regardé, comme interloqué par une telle idée, avant de me répondre d’un ton méprisant : « Mais qu’est-ce que vous voulez retourner faire dans cette île ? il ne reste que des cons là-bas ! » J’en étais resté sans voix. « Mais qui t’a fait roi, toi, grande courge, maire de père en fils depuis des générations, député et ministre par héritage, toi qui pompes toute la moelle après avoir dévoré la bête avec ta clique et ton clan ? »

                                 --------------------------------------------

« (…) nous ne sommes déjà plus en Occident . Ici, le temps est intérieur aux êtres et aux choses. C’est une donnée individuelle, ce n’est pas un impératif abstrait et collectif auquel on se soumet bêtement. S’affranchir du temps est le premier acte de liberté de l’homme sur cette terre, ce qui l’autorise à discuter, d’égal à égal, avec Dieu et tous les puissants, de la place qui lui a était donnée lors de la création du monde. Et il est rarement satisfait. »  

 

Paul Antonietti, « IFF », DCL éditions, 19 €.    

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 15:56

 

 

C’est un livre précieux que nous offre Ghjuvan Filippu Antolini. Tiré d’un travail effectué pour un DEA soutenu à l’Université de Paris VIII, il conserve sa rigueur scientifique tout en prenant une forme plus accessible au lecteur non spécialiste. Le thème a été traité par de nombreux auteurs, en particulier depuis le XIXe siècle. Pourtant, l’éclairage qui nous est donné ici suscite un intérêt renouvelé pour cette part controversée de nos usages ancestraux : la vendetta, le maquis, le banditisme, d’honneur ou pas… Le point de vue des visiteurs français est rappelé dans le détail, qu’il s’agisse de fonctionnaires, comme Germond de Lavigne, ou d’écrivains célèbres tels que Maupassant, Daudet ou Dumas. Sans oublier le plus important à cet égard : Prosper Mérimée - tombé sous le charme sulfureux de Colomba, l’Electre corse -, auteur que l’on a trop souvent accusé d’avoir donné une vision caricaturale de notre pays. Comment ne pas percevoir, à travers un texte d’une qualité littéraire peu commune, la fascination exercée sur ce grand écrivain par la terre et le peuple de Corse ? Ghjuvan Filippu Antolini lui rend justice : « À partir de la composition de Colomba, l’âme de la Corse est devenue assez parfaitement évidente pour n’avoir plus besoin d’être réaffirmée. » Dans cette œuvre, la présence de clichés ne peut être niée, mais c’est bien la Corse qui y est décrite et qui l’est, de toute évidence, avec une grande attirance, alors que, quelques décennies plus tard, Hugo comparera notre pays à « un boulet attaché à la France » !1

On appréciera également, par ailleurs, l’Analyse de la représentation du bandit Nonce Romanetti, où Ghjuvan Filippu Antolini, en enquêteur avisé, se livre à une confrontation des sources historiques et littéraires. Car les versions des faits et les portraits que l’on trouve sous les plumes de Privat, Marcaggi et Bonardi différent sensiblement. Dans cette grande incertitude, l’auteur fait la part des choses avec rigueur. Il est vrai qu’il ne suffit pas de se présenter comme un « bandit d’honneur » pour avoir droit à ce titre envié.

Dans un ouvrage qui est, en quelque sorte, une histoire amoureuse du maquis corse, on suit à la trace Ghjuvan Camellu Nicolai, les résistants de la deuxième guerre mondiale, mais également les rebelles d’aujourd’hui.

Un livre à déguster, et à ranger en bonne place dans toutes nos bibliothèques.

 

Jean-Guy Talamoni

 

1. À méditer, en revanche, cette réflexion de Mérimée dans Colomba (Paris, Garnier Frères, 1949, p. 28) : « Ce n’est pas flatter prodigieusement les Corses que leur rappeler qu’ils appartiennent à la grande nation. Ils veulent être un peuple à part, et cette prétention, ils la justifient assez bien pour qu’on la leur accorde. » Intéressant, non ?

   

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 15:34

 

 

In issa annata di cummemurazione di a morte di Pasquale Paoli, ci pare impurtante di ramintà chì, trà mezu  à i numarosi libri scritti nantu à u Babbu di a Patria, in lingua francese è in talianu, ci n’hè unu scrittu in lingua nustrale, u « Pasquale Paoli è a Rivuluzione di l’89 » di u ben’ di Andria Fazi. Ghjè dinù l’occasione di rende umagiu à issu militante di prima trinca di a cultura è di a causa corsa. Fù elettu à l’Assemblea di Corsica induve nimu ùn s’hè scurdatu d’ellu. Quand’ellu hè mortu, in 1989, u Presidente di l’Assemblea, Ghjuvan Paulu di Rocca Serra, hà prupostu di creà un « Premiu Andria Fazi ». Issu premiu hè rimessu tuttu l’anni à i giovani chì anu avutu e note più alte in lingua corsa à u baccaloreatu. U « Pasquale Paoli » di Andria Fazi hè una opera maestra. Incù a so lingua linda, a so cultura è a so cunniscenza di a nostra storia, l’autore ci parla di a Corsica di l’89, di Bonaparte, di Paoli è d’Elliot… Schjarisce dinù uni pochi di punti storichi induve d’altri anu purtatu a cunfusione. Eccu ciò ch’ellu scrive nantu à quellu famosu dicretu di 1789(1) :

 

« Di istu dicretu di u 30 nuvembre, tuttu un currente storiograficu hà vulsutu fà ne, l’attu d’integrazione « definitivu » di a Corsica à a Francia, un attu chì avaria scatinatu in tutta l’isula feste è manifestazioni populari di gioia. (…)

U simplicisimu di simule affirmazioni avaria da esse evidente. Quale eranu i riprisententi di a Corsica à l’Assemblea ?

- Per u cleru, Carlu Antone de Peretti della Rocca, un nobile.

- Per a nubiltà, u Conte Matteo di Buttafoco, maresciale di campu di l’armate di u Rè, fattu da questu, conte è pruvistu in terre è in soldi, per prezzu di u so tradimentu di u 1768.

- Per u terzu statu, Cristofanu Salicetti avucatu à u Cunsigliu Superiore, è u conte Petru Paulu Colonna di Cesari Rocca.

Eranu stati eletti in Bastia, è micca senza cuntrastu (l’elezzione durò più di quindeci ghjorni) da ottanta quattru « diputati di e ghjuridizzioni », tutti scelti da l’autorità frà i sgiò, è duv’elli si truvavanu quasi tutti quelli chì avianu benefiziatu di l’editu d’annubilimentu di u 1770. È di più, a scelta fatta, era stata dopu sottumessa à u guvernatore per accittazione. In fatti, quessi i riprisentanti eranu tutti « figlioli di a cunquista è privileghjati selezziunati di l’occupazione »(2) . »

 

Tuttu hè dettu.

 

G. G. Talamoni

 

(1) Pasquale Paoli è a Rivuluzione di l’89, La Marge édition, Aiacciu, 1989, p. 62.

(2) Quì, nota Andria Fazi : « Vede Pasquale Marchetti, Une mémoire pour la Corse. »

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 15:30

UN ARGUMENTAIRE IMPARABLE

 

(Publié dans U Ribombu, décembre 2005)

 

 

Cum’è u peveru : chjuculellu, ma si face sente. Ce petit ouvrage de notre ami Francescu Maria Perfettini synthétise avec précision et vigueur tout ce qui peut être répondu aux contempteurs de la Corse et à nos compatriotes qui ont été sensibles aux campagnes de dénigrement de leur propre communauté. Il dynamite (pacifiquement !) un certain nombre d’idées reçues, régulièrement assénées par Paris : « la Corse est pauvre » ; « les Corses sont violents » ; « l’insularité est un handicap » et autres âneries trop souvent entendues… Le point de départ de la démonstration est un livret édité en Belgique en 1856 et signé Jean-François Mignucci : « La Corse Libre ». Francescu Maria Perfettini nous livre in extenso ce document étonnant. La citation de John Stuart Mill placée en épigraphe donne le ton : « Quelquefois une nation est devenue libre parce que auparavant elle était riche, une autre est devenue riche parce qu’auparavant elle avait conquis la liberté. » (« Les Principes d’économie politique », 1848). À méditer ! Dans son texte, Jean-François Mignucci démontre clairement que la Corse n’est pas un pays pauvre mais un pays appauvri par la politique qui y est menée : « La Corse a beau être un pays éminemment favorisé, elle a beau offrir en abondance au génie de l’homme les matières premières de toute industrie, mines, carrières, eaux et forêts, elle a beau avoir les plus beaux ports du monde, la Corse (…) reste dans l’immobilité. » Cent quinze ans plus tard, dans son fameux rapport commandé par la DATAR, le « Hudson Institute » aboutit à la même conclusion : « Malgré la richesse réelle et le potentiel de ses ressources, la Corse se trouve confrontée avec une situation qui va en empirant et sur laquelle pèse la complexité de ses relations avec la France métropolitaine… » Autrement dit : le problème, c’est la France.

Fondant sa réflexion sur ces deux textes, l’étayant par de nombreuses autres références, Francescu Maria Perfettini se livre à une démonstration limpide sur les causes réelles de nos difficultés actuelles, sans toutefois avancer de solution, car son vœu est simplement, comme il l’écrit en conclusion de son ouvrage : « que les Corses choisissent librement avec leur cœur et leur raison mais en toute connaissance de cause. »

Ce petit livre pédagogique est à mettre entre toutes les mains. Il constitue un argumentaire simple et imparable de défense de la Corse et de ses intérêts. Ses lecteurs ne resteront plus jamais sans voix face à des inepties du genre : « È cosa manghjeremu senza a Francia, castagne ? »  

 

Jean-Guy Talamoni

 

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Extraits :

 

Les solutions proposées par le rapport du Hudson Institute :

« Il semble qu’il n’y ait que deux options :

1. – Accélérer l’érosion de l’identité culturelle corse, par exemple, en encourageant une immigration massive en provenance de la Métropole. (…)

2. – Conserver et restaurer l’identité culturelle et les traditions corses en développant le potentiel de l’île dans le contexte corse… »

 

Et celle de Jean-François Mignucci :

« La Corse a été libre, sous tous les rapports, au dix-huitième siècle, sous Pascal Paoli, avant même que les Etats-Unis fussent constitués en République, avant même que la France eût accompli sa glorieuse révolution. Elle peut facilement le devenir aujourd’hui que les luttes intérieures et extérieures ont cessé, que les relations de peuple à peuple, ont pris un si magnifique développement, et que par le progrès, de plus grandes garanties ont été octroyées à la liberté des individus et des nations. »

 

Quelques unes des observations de Francescu Maria Perfettini :

« Admirons (…) la similitude de destin de La Corse libre de J-F Mignucci et du Rapport du Hudson Institute. Tous deux constatent que la Corse est un pays potentiellement riche mais qu’une politique imbécile a rendu pauvre et qu’il est par conséquent urgent de changer les orientations. On voit bien que, établis à plus de cent ans d’intervalle, les deux documents se confortent l’un l’autre mais que, d’autre part, l’Etat français en a fait le même cas : aux oubliettes ! »

 

« …pour expliquer le sous-développement insulaire, on inventa le fameux concept de « handicap de l’insularité ». Remarquons que de ce prétendu handicap ni les Anglais ni les Japonais n’ont jamais trop souffert car l’insularité ne peut être handicapante que si les transports sont mal organisés et que des peuples intelligents ont même réussi à la convertir en atout. »

 

« À Ponte Novo aussi, comme dans toute guerre, il y eut des traîtres, des harkis et des gens opposés à Pascal Paoli, mais cela est loin de suffire à faire ajouter foi à la thèse du désir profond et séculaire des Corses à devenir Français. »

 

« La langue fut, et reste encore à bien des égards, la cible privilégiée car comme l’a si énergiquement exposé l’abbé Grégoire « la diversité langagière nuit gravement à la cohérence nationale et doit être combattue ». Non content de l’interdire à l’école et dans les administrations, on s’attache à la calomnier. C’était et ce serait encore un patois sans règles et sans unité. Les Corses furent touchés par l’argument à telle enseigne que l’on en trouve encore plusieurs qui soutiennent que nous ne nous comprenons pas d’une région à l’autre… »

 

« L’amitié des Corses envers Carthage ne leur valut aucune sympathie de la part des Romains dont la conquête de l’île se fit sans trop de bienveillance. Les insulaires résistèrent pendant 130 ans à l’armée la plus puissante du monde à qui il n’avait fallu qu’un an pour soumettre la Gaule et son inoubliable chef que l’école avait déjà proposé à notre admiration. »

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Francescu Maria Perfettini est enseignant à la retraite. Professeur d’anglais, il est également l’un des meilleurs spécialistes de la langue corse et un auteur reconnu. Il a notamment publié : « Le corse – Méthode de langue », DCL éditions, Ajaccio, 2003 ; « Le corse au-delà des idées reçues », ADECEC, Cervioni, 2003 ; ainsi que divers textes littéraires. Il écrit régulièrement dans « Arritti », « U Ribombu » et dans le « Journal de la Corse ».

 

 

Francescu Maria Perfettini, La Corse « française et républicaine », Bastia, 2005.

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Présentation

  • : Jean-Guy Talamoni
  • : Jean-Guy Talamoni est avocat. Président de l'Assemblée de Corse, il a publié deux ouvrages politiques, "Ce que nous sommes" (Ramsay/DCL, 2001) et "Libertà" (2004), ainsi que trois livres sur la langue corse.
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