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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 21:41

« Ùn poi sapè ciò chè l’omu pò fà contru à l’omu… »

Lettera d’un suldatu à a so moglia (Antoine-Toussaint Antona, Ceux du 173e).[1]

 

L’ultimu filmu di Jackie Poggioli hè statu presentatu ùn hè tantu davantu à l’eletti di l’Assemblea di Corsica, nanzu di passà nantu à France 3. Si tratta di un opera magnifica, nantu à u puntu di vista esteticu, mà dinù d’un travagliu di ricerca rimarchevule.

Si sapia chì uni pochi di Corsi eranu stati e vittime nucente di issa ghjustizia militare chì sarebbe, si pò dì, à a ghjustizia, ciò ch’ella hè a musica militare à a musica… È ancu assai di più : un veru spaventu.

Di nuvembre scorsu, a salma di Silvestru Marchetti hè stata purtata in Tagliu Isulacciu, paese di issu giuvanottu tumbatu tanti anni fà. U filmu di Jackie Poggioli ci hà permessu di cunnosce appena a vita – corta assai – è e cundizione di a morte di parechji altri Corsi fucilati per l’esempiu : si chjamavanu Ghjiseppu Tomasini, Cesaru Antone Colonna-Bozzi, Ghjiseppu Gabrielli, Francescu Guidicelli, Luigi Virgo… Eranu zitelli di a nostra terra è sò partuti à fassi tumbà par a Francia. In nome di a Francia sò stati tombi.

Si sapia dipoi un pezzu chì e cundizione di mubilisazione eranu differente in Corsica, chì partianu ancu i babbi di sei figlioli è di più. Si sà avà, incù issu filmu, chì a pratica di fucilà durente i cumbatti quelli chì rinculavanu era riservata à  truppe culuniale è à u « 173e », cumpostu di Pruvenzali è di Corsi. Incù sincerità, u generale è storicu André Bach, chì era à l’Assemblea di Corsica per a presentazione di u filmu, hà ricunnusciutu chì quelli chì l’anu decisa cusì ùn cunsideravanu micca chì sti suldati fussinu francesi cum’è l’altri…  

Centu anni dopu à i fatti, a verità cummencia à sbuccià.

 

Ghjuvan Guidu Talamoni  

       



[1] La Marge, Aiacciu, 1998, p. 25.

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:26

ass-copie-1.jpgIl s’agissait, vous l’aviez compris, du Conseil Général de la Corse. L’île constituant alors un seul département, ce Conseil était bien l’équivalent de notre actuelle Assemblée territoriale. Lorsque l’on se penche sur le procès-verbal des délibérations[1], on se rend compte que l’ordre du jour n’était pas tellement différent de celui des sessions d’aujourd’hui : budget, infrastructures de transports, lycées et collèges, ainsi que… le banditisme !

Ce jour là, la réunion devait s’ouvrir sur le rapport du préfet Thuillier[2], lequel commençait par transmettre aux élus de l’île l’expression de « la sollicitude et de l’affection » du Prince Président envers « ce glorieux pays qui fut le berceau de sa famille. » Puis il en venait aux faits : « …la nature a été prodigue envers la Corse. Elle lui a donné une terre fertile sous un ciel admirable, un sol qui se prête à toutes les cultures, d’immenses forêts, des ports vastes et sûrs, une situation géographique heureuse entre toutes au centre de la Méditerranée, et pourtant (…) La cause principale de tous vos maux, c’est le fléau sans cesse renaissant du banditisme. » Et le préfet de citer les chiffres : « …deux cents bandits (…) qui bravent impunément les arrêts de justice et les poursuites d’une légion entière de gendarmerie, qui depuis 1821 ont commis quatre mille trois cent dix-neuf assassinats, dont huit cent trente-trois accomplis pendant les quatre dernières années… », ajoutant cette précision saisissante : « qui viennent enfin de frapper deux magistrats municipaux » !

Après ce tableau inquiétant, le préfet se disait « résolu à ne rien épargner pour fonder sur des bases inébranlables la sûreté publique, d’où [découleraient] naturellement et sans effort sur cette terre favorisée du ciel, la richesse, l’abondance et tous les bienfaits de la civilisation. »

En l’absence du Président de Casabianca, le Vice-Président Charles Abbatucci devait prononcer un discours, certes sympathique mais qui ne semblait guère en mesure de faire évoluer considérablement la situation : « Que chacun de nous, mû par la conscience irrésistible des vrais intérêts du pays, use de sa légitime influence (…) pour diriger les esprits vers les idées de justice, de paix et de conciliation, afin que les haines s’apaisent, que les sanglantes inimitiés s’éteignent. »[3]

Venait enfin le moment de présenter le résultat des travaux de la « Commission de sûreté publique »[4] (l’équivalent, en quelque sorte, de l’actuelle commission présidée par Dominique Bucchini…). Son rapporteur, Sampiero Gavini, après avoir également rappelé les statistiques, dressait le constat (« les efforts de la force armée et de la justice […] ont été jusqu’ici frappés d’impuissance »), puis faisait mettre aux voix – et adopter à l’unanimité, comme c’est le cas à chaque fois qu’une délibération n’a aucune chance de changer la réalité des choses – un texte dont l’essentiel consistait à mettre en cause « la funeste habitude du port d’armes » – travers atavique des Corses, comme on le sait – sans s’interroger sur le point de savoir si, par hasard, le problème ne venait pas d’une carence des autorités publiques françaises…[5] Les élus du Conseil Général n’avaient-ils pas entendu parler de la redoutable efficacité dont faisait preuve, cent ans auparavant, la Giustizia Paolina ? Ou bien quelques décennies avaient-elles suffit pour installer dans leurs esprits la « haine de soi » propre aux peuples colonisés ? Toujours est-il que nos conseillers se séparèrent, heureux d’avoir si bien défendu les intérêts matériels et moraux des Corses, et le coeur apaisé par les ultimes paroles du discours préfectoral promettant que cette session deviendrait « une date dans [leurs] annales », que chacun d’entre eux tiendrait un jour « à l’honneur d’y avoir figuré » pour avoir contribué à ouvrir « une ère inconnue de paix, de bien être et de prospérité ».

Prophétie qui, comme chacun sait, s’est révélée parfaitement exacte…

 

Jean-Guy Talamoni

 

 (Article publié dans La Corse, Hebdo, en avril 2011)



[1] Imprimerie G. Marchi, Ajaccio, 1852.

[2] P. I.

[3] P. 84.

[4] P. 94.

[5] À la différence de Salvini qui, dans la Giustificazione della Rivoluzione di Corsica (1758), mettait en cause la politique génoise en matière de justice tout en rappelant l’efficacité à cet égard des autorités nationales corses.

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 13:33

Ficchittinu.jpg

Sociologue et inlassable « mainteneur » de notre patrimoine culturel, auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels un recueil de proverbes publié en 1984 chez Rivages et aujourd’hui ouvrage de référence, Paul Dalmas-Alfonsi vient de publier un conte.[1] Assorti de commentaires lumineux et érudits, ce court texte nous apprend beaucoup de choses sur nous-mêmes, mais pas seulement... Car on sait que le conte – plus encore que les autres genres de littérature orale – constitue un pont solide entre singulier et universel. Déjà, dans les années vingt, les travaux du formaliste russe Vladimir Propp sur les contes folkloriques avaient mis en évidence une saisissante constante dans l’imaginaire humain. Aussi, notre petit Ficchittinu est-il pleinement corse tout en vivant une situation proche de celles de jeunes héros allemands ou kabyles. Comme l’écrit l’auteur, l’analyse d’un tel récit « renvoie donc à la saisie d’un mouvement complexe où jouent, d’une part, une certaine “universalité“ du contenu  (…) et par ailleurs les divers effets de “l’actualisation“ (les marques reconnaissables du groupe social où le récit est en fonction). »[2]

En quelques pages d’une grande clarté, le conte nous est présenté sous ses différents aspects. Au delà de sa nature de production esthétique, Paul Dalmas-Alfonsi nous révèle les enjeux pédagogiques et idéologiques attachés à sa transmission.

 

Jean-Guy Talamoni

 

Paul Dalmas-Alfonsi, Ficchittinu et les Sorcières, Cismonte è Pumonte – Matina Latina, Petricaghju d’Orezza, 2010.

       



[1] Paul Dalmas-Alfonsi travaille sur ce conte depuis de nombreuses années. Dès 1983, il l’a évoqué, mettant en évidence les implications anthropologiques des récits de sorcières, dans la revue Etudes Corses (« E streghe di u Castel d’Acqua », in Hommage à Fernand Ettori, vol. 2, n° 20-21, p. 91).

[2] P. 69.

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 11:01

Le mythe d’Antigone a donné lieu à nombre d’œuvres littéraires, lesquelles ont suscité une multitude de commentaires. George Steiner a fait le point sur la question dans son ouvrage Les Antigones. Avec celle de Michèle Acquaviva-Pache[1], ce qui fait toute la différence ce n’est pas tellement qu’elle soit convoquée « aux temps présents » - ce procédé littéraire ayant déjà été mis en œuvre - mais qu’elle soit de notre pays. Car l’auteur voit juste : Antigone est corse ou, plus exactement, la Corse est Antigone. La Corse qui se rebelle contre « la force injuste de la loi », selon la belle formule de François Mitterrand. Celle qui rejeta la théorie du droit divin pour justifier, au plan théologique, sa révolte contre Gènes. Celle qui, aujourd’hui encore, récuse les juridictions d’exception. Celle qui, la première, s’est dressée contre les fichages ADN, imposant une « jurisprudence corse »… Celle qui ouvre la porte à tous les pourchassés, hier aux juifs, aujourd’hui aux machjaghjoli… ce qui nous ramène au texte, captivant et lucide, de Michèle Acquaviva-Pache.

C’est ainsi que, régulièrement, Antigone se réincarne dans notre île… Île des fous, île des justes ? Et le mythe se prolonge à l’infini sur nos rivages : au XVIIIe siècle, Antigone prend les traits de Maria Gentile, cette jeune femme du Nebbiu qui, malgré les ordres des autorités militaires françaises, donna une sépulture à son fiancé. Au XXIe siècle, Antigone est cette artiste qui accueillit le plus recherché des clandestins. Toujours la même problématique, toujours la même confrontation entre d’un côté la loi sacrée de la tradition et de l’humanité (ici celle de l’hospitalité), et de l’autre celle, abstraite et inhumaine, du droit positif, qui plus est, en l’espèce, d’un droit étranger...

Que la Corse soit Antigone, cela n’est guère contesté, surtout pas par ceux qui critiquent notre supposée « incompatibilité culturelle avec l’état de droit » et qui affichent leur préférence pour la figure de Créon. Ainsi, dans une conférence consacrée à Antigone, le philosophe Philippe Granarolo prête-t-il à la Corse une « morale archaïque » privilégiant les liens du sang, proche de celle de « la Grèce d’avant la démocratie » qu’a voulu selon lui dénoncer Sophocle, pour conclure par ce scénario fictif : « Antigone, aujourd’hui, serait la sœur corse de l’assassin d’un préfet de la république française camouflant son frère pour le soustraire à la justice. »[2] Dans la réalité, notre Antigone n’était pas la sœur du recherché et ce dernier n’était pas assassin mais présumé innocent. Toutefois, dans le cas imaginé par Philippe Granarolo, Antigone observerait le même comportement : si Camus peut « préférer sa mère à la justice », qu’il nous soit permis de préférer un frère, un ami, ou un être humain quelconque en difficulté, aux institutions judiciaires, lesquelles ne sauraient du reste être confondues avec La Justice. À ce spécialiste de Nietzsche, nous pourrions répondre que les Corses, mêmes révoltés, ne sont pas des « hommes du ressentiment » mais des hommes de l’attachement… Et dire avec l’Antigone de Michèle Acquaviva-Pache, reprenant les mots de celle de Sophocle : « Je suis de ceux qui aiment, non de ceux qui haïssent ». Parce que dans sa révolte, Antigone reste pétrie d’amour et d’humanité. Elle n’a rien de commun avec ces « Tricoteuses de Robespierre » qui réclamaient des têtes durant les séances de la Convention tout en poursuivant leur ouvrage, têtes qu’elles allaient ensuite voir rouler sur l’échafaud… Des siècles avant la parution de L’homme révolté, les Corses pratiquaient conjointement la « révolte » et la « mesure », refusant de verser dans la terreur révolutionnaire qui prévalut - en France d’abord, en Russie ensuite - au nom d’idées abstraites et de conceptions éthérées du genre humain. Comme le fait observer l’anthropologue Max Caisson, les Corses privilégient « le lien direct d’homme à homme » - la philia, pour le dire dans la langue de Sophocle - par rapport aux liens indirects « abstraits et impersonnels, la loi, le règlement, l’argent »[3]… Au reste, ceci ne les a pas empêché d’instituer une république moderne au cœur du XVIIIe siècle, époque à laquelle la France demeurait sous le joug d’une monarchie d’essence prétendument divine.

Voilà pourquoi nous assumons notre penchant pour la fille d’Oedipe, revendiquant les Antigones de tous les temps et de toutes les nations comme nos sœurs les plus chères.

 



[1] Antigone aux temps présents, pièce en sept tableaux, suivi de Cousines et L’amour empaillé, L’Harmattan, Paris, 2010.

[2] L’honnêteté intellectuelle me conduit à préciser que le texte de Philippe Granarolo (Antigone promoteur des droits de l’homme, ou précurseur des idéologie de la terreur ?, texte disponible sur le site internet de l’auteur) ne saurait être réduit à cette idée fort contestable dont nous nous efforçons ici de donner une présentation fidèle. Son analyse, s’agissant en particulier de la figure de Créon, est très argumentée et mériterait un commentaire approfondi qui ne trouverait pas sa place ici.    

[3] La Corse, une société avancée, février 2010, Enciclopedia di a Corsica (enciclopediadiacorsica.com).

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 20:48

www.enciclopediadiacorsica.com

L’auteur ne se prend pas au sérieux, ce qui devient rare dans les récits autobiographiques. Et pourtant, peut-on mieux dire ce qu’il dit, raconter ce...link
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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 19:57
Albertini--Faut-il-abandonner-la-Corse.jpgÀ lire, cette analyse du livre du journaliste Antoine Albertini par notre ami Vincent.
linkenciclopediadiacorsica.com
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 08:01
bribes-de-vie.jpgRimes féminines


« Bribes de vie », c’est le nom du recueil que vient de publier Anne-Xavier Albertini.
Sa poésie nous fait voyager dans le temps (certains vers ont été écrits il y a une trentaine d’années ) et dans l’espace, entre la Corse (Arbori, U Petrosu, Castifau…) et Marseille, cette ville aimée où l’auteur a passé les premières années de sa vie :
« Marseille ma perdue, mon théâtre, ma reine,
Mon orientale, mon remous, ma rebelle… »

La Corse, encore et toujours :
« Nous marcherons sur les longues plages désertes
Du Liamone,
Et je t’expliquerai les vagues.
Depuis le haut du col de Sevi
Tu verras notre grand pays désert
Et silencieux
Qui respire avec pudeur… »

Les rimes d’Anne-Xavier Albertini sont pétries de corsitude. Et l’accent provençal y résonne, comme un indice de cette « ubiquité symbolique » décrite par Jean-Toussaint Desanti.
Elles portent un regard résolument féminin sur la vie : « Maternité », « Conseils à un fils »…
Cette vie qui brille et pétille dans « L’or du Mimosa » :
« Le champagne flotte autour des fleurs
Je prends forme sur des coussins de soie
Labourée de plaisir.
Il est l’heure au clocher du village
De vivre légèrement. »

Les mots de l’auteur sont bien les siens, même lorsqu’ils feignent d’évoquer ceux d’un autre : son « soleil noir » n’est pas celui de Nerval, son « homme qui marche » n’est pas de Giacometti…
C’est dans son monde à elle qu’Anne-Xavier nous invite à entrer.
Il mérite que l’on s’y attarde.

___________________________________
Bribes de vie, éd. A Fior di Carta, Barrettali, 2009.

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 20:07
drapeau corseNotre ami Francescu Maria Perfettini nous a quittés.

Membre de la rédaction de "A Nazione" depuis l'origine, il avait participé il y a quelques jours seulement à la conférence de presse de présentation de l' "Enciclopedia di a Corsica".

La rédaction s'associe à la peine de sa famille et publie ici, en forme d'hommage, un article écrit en 2005 sur l'un de ses ouvrages.  


UN ARGUMENTAIRE IMPARABLE

Cum’è u peveru : chjuculellu, ma si face sente. Ce petit ouvrage de notre ami Francescu Maria Perfettini synthétise avec précision et vigueur tout ce qui peut être répondu aux contempteurs de la Corse et à nos compatriotes qui ont été sensibles aux campagnes de dénigrement de leur propre communauté. Il dynamite (pacifiquement !) un certain nombre d’idées reçues, régulièrement assénées par Paris : « la Corse est pauvre » ; « les Corses sont violents » ; « l’insularité est un handicap » et autres âneries trop souvent entendues… Le point de départ de la démonstration est un livret édité en Belgique en 1856 et signé Jean-François Mignucci : « La Corse Libre ». Francescu Maria Perfettini nous livre in extenso ce document étonnant. La citation de John Stuart Mill placée en épigraphe donne le ton : « Quelquefois une nation est devenue libre parce que auparavant elle était riche, une autre est devenue riche parce qu’auparavant elle avait conquis la liberté. » (« Les Principes d’économie politique », 1848). À méditer ! Dans son texte, Jean-François Mignucci démontre clairement que la Corse n’est pas un pays pauvre mais un pays appauvri par la politique qui y est menée : « La Corse a beau être un pays éminemment favorisé, elle a beau offrir en abondance au génie de l’homme les matières premières de toute industrie, mines, carrières, eaux et forêts, elle a beau avoir les plus beaux ports du monde, la Corse (…) reste dans l’immobilité. » Cent quinze ans plus tard, dans son fameux rapport commandé par la DATAR, le « Hudson Institute » aboutit à la même conclusion : « Malgré la richesse réelle et le potentiel de ses ressources, la Corse se trouve confrontée avec une situation qui va en empirant et sur laquelle pèse la complexité de ses relations avec la France métropolitaine… » Autrement dit : le problème, c’est la France.

Fondant sa réflexion sur ces deux textes, l’étayant par de nombreuses autres références, Francescu Maria Perfettini se livre à une démonstration limpide sur les causes réelles de nos difficultés actuelles, sans toutefois avancer de solution, car son vœu est simplement, comme il l’écrit en conclusion de son ouvrage : « que les Corses choisissent librement avec leur cœur et leur raison mais en toute connaissance de cause. »

Ce petit livre pédagogique est à mettre entre toutes les mains. Il constitue un argumentaire simple et imparable de défense de la Corse et de ses intérêts. Ses lecteurs ne resteront plus jamais sans voix face à des inepties du genre : « È cosa manghjeremu senza a Francia, castagne ? »

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Extraits :

Les solutions proposées par le rapport du Hudson Institute :

« Il semble qu’il n’y ait que deux options :

1. – Accélérer l’érosion de l’identité culturelle corse, par exemple, en encourageant une immigration massive en provenance de la Métropole. (…)

2. – Conserver et restaurer l’identité culturelle et les traditions corses en développant le potentiel de l’île dans le contexte corse… »

Et celle de Jean-François Mignucci :

« La Corse a été libre, sous tous les rapports, au dix-huitième siècle, sous Pascal Paoli, avant même que les Etats-Unis fussent constitués en République, avant même que la France eût accompli sa glorieuse révolution. Elle peut facilement le devenir aujourd’hui que les luttes intérieures et extérieures ont cessé, que les relations de peuple à peuple, ont pris un si magnifique développement, et que par le progrès, de plus grandes garanties ont été octroyées à la liberté des individus et des nations. »

Quelques unes des observations de Francescu Maria Perfettini :

« Admirons (…) la similitude de destin de La Corse libre de J-F Mignucci et du Rapport du Hudson Institute. Tous deux constatent que la Corse est un pays potentiellement riche mais qu’une politique imbécile a rendu pauvre et qu’il est par conséquent urgent de changer les orientations. On voit bien que, établis à plus de cent ans d’intervalle, les deux documents se confortent l’un l’autre mais que, d’autre part, l’Etat français en a fait le même cas : aux oubliettes ! »

« …pour expliquer le sous-développement insulaire, on inventa le fameux concept de « handicap de l’insularité ». Remarquons que de ce prétendu handicap ni les Anglais ni les Japonais n’ont jamais trop souffert car l’insularité ne peut être handicapante que si les transports sont mal organisés et que des peuples intelligents ont même réussi à la convertir en atout. »

« À Ponte Novo aussi, comme dans toute guerre, il y eut des traîtres, des harkis et des gens opposés à Pascal Paoli, mais cela est loin de suffire à faire ajouter foi à la thèse du désir profond et séculaire des Corses à devenir Français. »

« La langue fut, et reste encore à bien des égards, la cible privilégiée car comme l’a si énergiquement exposé l’abbé Grégoire « la diversité langagière nuit gravement à la cohérence nationale et doit être combattue ». Non content de l’interdire à l’école et dans les administrations, on s’attache à la calomnier. C’était et ce serait encore un patois sans règles et sans unité. Les Corses furent touchés par l’argument à telle enseigne que l’on en trouve encore plusieurs qui soutiennent que nous ne nous comprenons pas d’une région à l’autre… »

« L’amitié des Corses envers Carthage ne leur valut aucune sympathie de la part des Romains dont la conquête de l’île se fit sans trop de bienveillance. Les insulaires résistèrent pendant 130 ans à l’armée la plus puissante du monde à qui il n’avait fallu qu’un an pour soumettre la Gaule et son inoubliable chef que l’école avait déjà proposé à notre admiration. »

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Francescu Maria Perfettini est enseignant à la retraite. Professeur d’anglais, il est également l’un des meilleurs spécialistes de la langue corse et un auteur reconnu. Il a notamment publié : « Le corse – Méthode de langue », DCL éditions, Ajaccio, 2003 ; « Le corse au-delà des idées reçues », ADECEC, Cervioni, 2003 ; ainsi que divers textes littéraires. Il écrit régulièrement dans « Arritti », « U Ribombu » et dans le « Journal de la Corse ».

Francescu Maria Perfettini, La Corse « française et républicaine », Bastia, 2005.

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 21:13

 

On annonce ce soir la mort de l’académicien Maurice Druon.

Saluons la mémoire de celui qui fut l’auteur, avec son oncle Joseph Kessel, du « Chant des partisans », hymne de la Résistance française durant l’Occupation.

Rappelons également que par un curieux retournement de l’histoire, ce chant fut, quelques années plus tard, entonné par les soldats vietnamiens à Diên Biên Phû, face à l’armée française : entre temps, l’oppression avait changé d’uniforme et la résistance ne parlait plus la langue de René Char.

Pourtant, c’étaient bien des paroles françaises que l’armée coloniale entendit en ce jour de printemps 54, juste avant de connaître la défaite : « Ami, entends-tu… »

Déjà, ces mots n’appartenaient plus à la France, mais à tous les résistants…

 

JGT

  

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 15:10

 

Dans ce rapport sur les violations des droits humains par les membres des forces dites « de l’ordre » - et l’impunité dont bénéficient souvent ces derniers -, est notamment exposé le cas de Pierre, un adolescent un peu plus âgé que Xavier Orsini et qui a été, lui aussi, grièvement blessé par le tir d’un policier.

Le paragraphe du rapport évoquant « l’enquête » menée dans cette affaire est assez inquiétant :

 

« Le cas de Pierre

Le 27 novembre 2007, Pierre, alors âgé de seize ans, a définitivement perdu l'usage de son œil droit après avoir été blessé par une balle en caoutchouc provenant d'une arme en cours d'expérimentation, utilisée par un policier encagoulé lors d'une manifestation à Nantes.
Sa famille a porté plainte auprès du procureur de la République le 6 décembre 2007, et ce dernier a immédiatement demandé à l'IGPN d'ouvrir une enquête interne pour tenter de déterminer ce qui s'était produit. L'IGPN a remis son rapport au procureur en avril 2008. Selon ce document, deux policiers avaient tiré des balles en caoutchouc pendant la manifestation. Toutefois, aucun des deux n'était désigné comme responsable du tir qui avait blessé le jeune homme. Les proches de Pierre se sont entretenus avec Amnesty International. Ils disaient avoir l'impression que l'enquête de l'IGPN essayait délibérément d'éviter de désigner des coupables et qu'elle n'était donc pas du tout satisfaisante. Les vidéos de la manifestation remises à l'IGPN par deux corps de police différents ne contiennent pas de prise de vue relative au moment précis où le jeune homme a été blessé.
Par ailleurs, la famille du jeune homme regrette de ne pas trouver dans le rapport de l'IGPN de données fournies par la police indiquant quelles armes ont été utilisées et le nombre de balles restant dans l'arme de chaque policier à la fin de la manifestation.

 

Le 10 juillet 2008, une information judiciaire a été ouverte du chef de « coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours avec la circonstance que les faits ont été commis avec armes et par une personne dépositaire de l'autorité publique ». L'enquête se poursuit lentement. »

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Présentation

  • : Jean-Guy Talamoni
  • : Jean-Guy Talamoni est avocat. Président de l'Assemblée de Corse, il a publié deux ouvrages politiques, "Ce que nous sommes" (Ramsay/DCL, 2001) et "Libertà" (2004), ainsi que trois livres sur la langue corse.
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