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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 19:35

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Le secteur du tourisme culturel est de nos jours privilégié dans de nombreuses régions du monde. Outre le fait qu’il correspond à une demande importante, il permet une meilleure répartition de l’activité touristique, dans le temps et dans l’espace (fréquentation sur l’ensemble de l’année, meilleur équilibre littoral-intérieur).

En la matière, les atouts de la Corse sont nombreux, et une prise de conscience s’est manifestée, particulièrement sur la nécessité de mettre en valeur nos sites artistiques, historiques et archéologiques.

Toutefois, nous voudrions aborder plus particulièrement ici un atout majeur, à notre disposition, et qui n’a pas, jusqu’à présent, été mobilisé au service de notre économie : la figure de Napoléon Bonaparte.

 

Il est tout à fait évident que les rapports complexes et ambivalents entre la Corse et l’Empereur prennent leurs racines dans une vision politique s’étant installée au fil des décennies. Cette vision politique relève d’une approche dichotomique ayant opposé la figure de Napoléon à celle de Paoli, le premier s’étant détourné de la Corse et ayant eu un comportement négatif à l’égard de ses compatriotes, le second étant en revanche considéré comme le héros de la Corse.

Le mouvement national est pour beaucoup dans cet état d’esprit qui s’est installé depuis fort longtemps. C’est bien ce mouvement qui a permis de maintenir vivant un véritable culte, parfaitement mérité, rendu au Babbu di a Patria.

Dans une large mesure, cette vision des choses (opposition entre Paoli et Napoléon) a sa logique et sa légitimité.

Toutefois, comme toute vision dichotomique, elle mérite d’être revisitée à travers une approche complexe. D’autant que le mouvement patriotique corse a entretemps muri, et qu’il est désormais en mesure de continuer à mobiliser le sentiment national à travers une grille de lecture plus fine.

On pourrait par exemple faire observer que Bonaparte, qui a précédé Napoléon, fut à vingt ans patriote et indépendantiste corse. On pourrait évoquer l’admiration qu’il nourrissait pour Pasquale Paoli.

Mais il faut surtout rappeler que Napoléon Bonaparte fait pleinement partie de l’histoire de la Corse et qu’il fut un enfant de la Révolution corse (1729-1769) avant d’être le produit de la Révolution française. 

 

La force de l’épopée impériale

 

La force propulsive de l’épopée napoléonienne n’a pas connu d’essoufflement. En témoignent les nombreux ouvrages qui continuent chaque année à paraître sur le sujet, et ce dans le monde entier et dans toutes les langues.

Les contrées qui ont un rapport quelconque avec l’empereur en font un atout touristique, parfois même de façon excessive : l’exemple de l’île d’Elbe est emblématique. Autre exemple : la commune de Cadenet (Luberon) dont est originaire André Estienne, le tambour d’Arcole (cf. site internet de l’Office de tourisme de la commune). Dernière illustration en date, le projet de parc à thème sur la commune de Montereau, site d’une victoire de Napoléon qui n’est pas du reste la plus importante…

Seule, la Corse persiste à ignorer l’Empereur, alors qu’elle en est la patrie d’origine. 

 

Pasquale Paoli : un déficit de notoriété à l’extérieur de l’île

 

Aujourd’hui, Pasquale Paoli est pratiquement inconnu en dehors de la Corse, y compris dans les villes américaines dont les noms témoignent de son parcours politique !

Pourtant, l’apport de Paoli et de la Révolution corse de 1729-1769 à la modernité politique est essentiel (il a du reste été réévalué par les travaux les plus récents) : séparation de la religion et de la politique, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes[1], première constitution moderne et démocratique de l’histoire de l’humanité…

 

Napoléon pour faire connaître Paoli et la Révolution corse

 

Outre son efficacité prévisible sur le plan touristique, le fait de mettre en avant la figure de Napoléon Bonaparte aurait l’avantage de permettre de faire connaître Pasquale Paoli et la Révolution corse du XVIIIe siècle, qui fut un véritable laboratoire des Lumières. En outre, cette démarche faciliterait la mise en valeur d’autres atouts touristiques, comme la collection Fesch, laquelle, directement liée à la famille impériale, présente en elle-même un attrait considérable au plan de l’histoire de l’art.

Ainsi, une politique de promotion touristique sur ces thèmes aurait de multiples avantages.

Elle suppose également la mise en œuvre d’un certain nombre de moyens.

 

Une politique de promotion sur ces thèmes, associée à un certain nombre de moyens

 

On observe actuellement que les touristes étrangers en Corse apprennent parfois avec surprise que l’Empereur est né dans l’île ! Ceci montre à suffisance la nécessité d’une démarche énergique de communication.

Par ailleurs, outre la valorisation des lieux et monuments déjà existants (Maison natale de l’Empereur à Aiacciu, Maison Paoli à Merusaglia, monuments divers…), il convient d’envisager la création d’un certain nombre de structures et d’équipements :

 

-         Deux instituts universitaires jumelés : un « Institut d’études napoléoniennes » et un « Institut d’études paoliennes et révolutionnaires corses » ;

-         Une « Bibliothèque-médiathèque napoléonienne » reliée à la « Bibliothèque de Corse » déjà prévue par la CTC, ainsi qu’à la médiathèque de l’Université de Corse ;

-         Un « Musée Napoléon » lié à un « Musée d’Histoire de la Corse » ;

-         Un parc à thème « Napoléon »…

 

L’objectif de ces structures serait bien évidemment de faire de la Corse un lieu de référence incontournable dans ces matières, ce qui aurait un grand nombre de retombées positives en termes de notoriété, mais également d’impact économique.

 

Une porte d’entrée pour un tourisme culturel diversifié

 

Bien entendu, il n’est nullement question pour nous de faire de Napoléon un second Babbu di a Patria, ni même de réduire le tourisme culturel aux seules figures de Napoléon et de Pasquale Paoli. Nous estimons simplement que l’Empereur fait partie de notre patrimoine et qu’il convient de nous réapproprier un personnage essentiel de l’histoire de la Corse et de l’histoire du monde, pour en faire l’une des portes d’entrée, particulièrement attractive, sur l’ensemble de la culture corse (domaine artistique, historique, architectural et archéologique, patrimoine immatériel, chants, produits identitaires, etc.)

Dans les jours à venir, nous formulerons nos propositions auprès de l’Assemblée territoriale et de l’Agence du tourisme.

 

                                                                               Corsica Libera

 

 

 



[1] Cf. Evelyne Luciani, Dominique Taddei, Les pères fondateurs de la nation corse (1729-1733), Albiana, Aiacciu, 2009 ; Evelyne Luciani, Louis Belgodere, Dominique Taddei, Trois prêtres balanins au cœur de la Révolution corse, Piazzola, Ajaccio, 2006.

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Published by jean-guy talamoni - dans Articles politiques
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Présentation

  • : Jean-Guy Talamoni
  • Jean-Guy Talamoni
  • : Jean-Guy Talamoni est avocat. Président de l'Assemblée de Corse, il a publié deux ouvrages politiques, "Ce que nous sommes" (Ramsay/DCL, 2001) et "Libertà" (2004), ainsi que trois livres sur la langue corse.
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