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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 09:00
En Kanaky, l’INSEE s’apprête à organiser un recensement comportant une question sur l’appartenance ethnique. Les indépendantistes s’en félicitent, estimant qu’il s’agit là d’un « outil essentiel pour mesurer le rattrapage des populations kanakes » (Cf. déclaration à l’AFP de Gérard Régnier, secrétaire général de l’Union Calédonienne). Il n’y a évidemment là rien de choquant, sauf pour les plus paranoïaques gardiens de la « République française une et indivisible », lesquels persistent à ne pas voir de différence entre un Kanak et un Berrichon, entre un Corse et un Périgourdin… Ces dinosaures - encore influents - avaient déjà été sérieusement perturbés par l’institution d’une citoyenneté calédonienne ayant des conséquences en matière d’accès à l’emploi et d’inscription sur les listes électorales.

Comme on le voit, même le droit public français peut s’adapter à la situation. (En attendant d’être remplacé par d’autres règles, dont l’application - en dehors de l’hexagone - seront bien plus légitime : celles du peuple concerné.)

À condition toutefois de créer les rapports de force adéquats. Il y quelques jours, la politique de l’emploi au bénéfice des autochtones a été reconnue par l’accord de Guadeloupe comme une revendication acceptable.

Quant à nous, il serait peut-être temps de nous faire entendre…

Jean-Guy Talamoni   

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Published by jean-guy talamoni - dans Articles politiques
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David2b 31/03/2009 10:04

On peut aussi évoquer le cas de mayotte, qui vient de choisir la voie de la départementalisation...

Depuis plus de trente ans, la séparation de mayotte des commores vaut à la France des condamnations régulières aux Nations unies : la résolution 3385 du 12 novembre 1975 affirme ainsi « la nécessité de respecter l'unité et l'intégrité territoriale de l'archipel des Comores, composées des îles d'Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli ».
L'union Africaine a la même réaction, sur ce principe d'intangibilité des frontière et n'accepte pas qu'un pays occidental redessine la carte des iles comoriennes.

Mayotte fait face à une immigration massive (les autres comoriens, historiquement "frères", sont devenus des étrangers qu'il faut chasser), les inégalités ne cessent de croitre, le fossé se creuse avec les comores (prestations sociales, éducation, emploi).
Faut-il pour autant rendre mayotte aux comores ?

Les "bienfaits" de la colonisation ne sont plus à démontrer, et le rattachement à la france de cette ancienne colonie n'aura fait qu'amplifier les dégats.

Mazzoni Julien 25/03/2009 23:51

Salute,
En 2004, quelques mois avant le dernier recensement de la population de Nouvelle-Calédonie Kanaky, le président Chirac, de passage sur l'île, avait organisé une rencontre avec des journalistes et quelques "jeunes", membres d'association étudiante pour la plupart. Il avait répondu à leurs questions (bien entendu triées sur le volet et selectionnées par ses conseillers). Parmi celles-ci, une portait sur le fait que le questionnaire du recensement comportait la question de l'appartenance ethnique : " A quelle ethnie vous sentez-vous appartenir ?". La jeune étudiante, à qui la question avait dû être soufflée par un état major loyaliste, a donc demandé au président si cela ne le choquait pas.
Et le président de répondre, faussement indigné, que c'était un scandale et que tout serait mis en oeuvre pour que cette atteinte aux valeurs républicaines soit rayée du questionnaire.
Cet épisode pourrait jute nous faire sourire. Mias voila, Kanaky connait depuis des années, au gré du cours du nickel, une colonisation de peuplement dont seul un recensement comportant l'appartenance ethnique aurait pu nous faire prendre la mesure exacte.
Ce sont plus de 6 000 colons qui debarquent chaque année en Kanaky, condescendants, méprisants, en terre conquise... A eux les beaux quartiers, les belles maisons, les emplois surpayés et les indexations... Tandis que les jeunes calédoniens qui partent pour des années de formation en métropole reviennent au pays où on leur propose de conduire des engins alors que les places de cadre leur reviennent...
Depuis 150 ans, rien n'a changé. Espérons que les elections de mai prochain, où les indépendantistes se présentent unis face à un camp loyaliste éclaté, apporteront un peu d'espoir à la jeunesse de Kanaky, qui est au bord de l'explosion.
A ringraziati per stu blog Ghjuvan-Guidu, a prestu.
Ghjulianu Mazzoni, Corsu natu in Kanaky.

david2b 25/03/2009 11:21

En fait, l'utilisation de l'appartenance ethnique, religieuse, philosophie, syndicale ou la vie sexuelle à des fins statistique est interdite par la loi dite "informatique et libertés" du 6 janvier 1978 (article 8), à une époque où on se souciait plus des dérives du fichage et de la protection des données personnelles qu'aujourd'hui.
Quelques exceptions ont toutefois été prévues notamment dans le paragraphe 7 : "Les traitements statistiques réalisés par l’Institut national de la statistique et des études économiques ou l’un des services statistiques ministériels dans le respect de la loi n° 51-711 du 7 juin 1951 sur l’obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques, après avis du Conseil national de l’information statistique et dans les conditions prévues à l’article 25 de la présente loi ;".

Cela mérite sans doute une analyse plus approfondie, mais le droit public français peut donc s'adapter à la situation, comme vous le soulignez !

jean-guy talamoni 25/03/2009 12:47


Merci pour ces précieuses précisions.


Présentation

  • : Jean-Guy Talamoni
  • Jean-Guy Talamoni
  • : Jean-Guy Talamoni est avocat. Président de l'Assemblée de Corse, il a publié deux ouvrages politiques, "Ce que nous sommes" (Ramsay/DCL, 2001) et "Libertà" (2004), ainsi que trois livres sur la langue corse.
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