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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 23:46

 (Quelques fragments d’un texte d’une saisissante actualité) 



« Quelle doit être la conduite de la Corse à l’égard de la France ? Doit-elle continuer à subir le fait accompli, ou bien doit-elle revendiquer son indépendance ? Nous croyons que ce dernier parti est celui qu’il lui convient de prendre, par cela même qu’il est le plus digne. Insultée, bafouée, vouée aux gémonies par la presse française, son honneur et sa dignité lui commandent impérieusement cette résolution… »

Ces lignes ne sont pas issues d’un manifeste de Corsica Libera. Elles sont extraites d’un petit texte lumineux - bien que méconnu - publié en 1870 par D.-M. de Buttafoco : « La Corse et la France ».1

Dès l’incipit, l’auteur annonce la couleur : « La Corse était une nation indépendante et libre avec un gouvernement issu de la volonté nationale, des institutions en rapport avec les besoins, les aspirations, le caractère et les mœurs de ses habitants, une magistrature intègre et énergique, des lois sages. Mais tout à coup cette nation disparaît pour se fondre dans une autre. La France, qui depuis longtemps convoitait la possession de cette île… »

Quelques pages plus loin, il ajoute : « la Corse n’est devenue un département français qu’à la suite d’une lutte inégale… », ouvrant la voie aux rédacteurs de A Cispra qui écriront, quarante ans plus tard, la fameuse formule : « A Corsica ùn hè micca un dipartimentu francese : hè una nazione vinta chì hà da rinasce ! ».2

D.-M. de Buttafoco répond par ailleurs au sempiternel argument parisien tiré du mensonge de la « solidarité nationale » (dont les dirigeants français continuent à nous rebattre les oreilles de nos jours !) : « …depuis cent ans que la Corse est française, le nombre des améliorations et des bienfaits dont elle a été comblée se réduit à un chiffre à peu près insignifiant. Nous n’exagérons rien, nous constatons. »

Non sans élégance, il se refuse à profiter des problèmes rencontrés par la France pour obtenir l’indépendance qu’il appelle de ses vœux (« Mais le moment n’est pas encore venu de discuter de ce sujet. »). En effet, l’heure est selon lui à « l’expulsion de l’ennemi », l’honneur commandant de livrer une guerre sans merci aux Prussiens. Ensuite, il sera temps pour les Corses de faire valoir « le vif sentiment de leur indépendance et de leur dignité. »

Et l’auteur de conclure : « Eh quoi ! nous les enfants de Sambucuccio, de Sampiero, de Ceccaldi, de Giafferi, de de Paoli, nous les descendants des premiers apôtres de la liberté en Europe, nous nous voilerions la face devant le mépris insolent de nos dominateurs, et refoulant au fond de l’âme tout sentiment de légitime indignation nous justifierions par une indifférence leur attitude à notre égard, Non, cela ne peut pas être, cela ne sera pas. »

Comme on le voit, si le style est quelque peu emphatique et désuet, les thématiques et l'argumentaire demeurent d'actualité.
 

J.-G. Talamoni

 

  1. Bastia, Typographie Ollagnier.
  2. A Cispra, Antologia annuale, mars 1914, ANT GED, Marseille, p. 2.

 

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Published by jean-guy talamoni - dans In la mio biblioteca ci hè...
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Christian 18/02/2009 03:17

Bonsoir ou bonjour,
Je complète mon précédent message. C’était ma première rencontre avec ce blog culturel. A cette occasion, mon système de vision a d’abord interagi avec le commentaire d’un ciaesque avatar : Ussamà Ben Lazezu, que je salue cordialement, ayant omis de le faire précédemment.
Le fait de ne pouvoir saisir le sens de son propos, m’interpelle. C’est d’ailleurs un ressenti fréquent chaque fois que je me rends sur URIBOMBU.com.
On peut penser que revendiquer une identité langagière ou accorder à des enfants le droit à la pratique des langues vernaculaires, concourent à un enrichissement tant individuel que collectif. Mais, à titre personnel, je ne comprends plus trop l’intérêt de maintenir une telle situation de repli identitaire au moment où il devient important, d’exposer, de faire partager, le sens d’une action, d’un combat idéel et, en quelque sorte, de faire valider au plan de la citoyenneté mondiale, la légitimité d’une vision, d’un projet de développement social et sociétal
J’en profite pour ajouter, ayant parcouru plus en avant quelques propos exposé sur ce cahier électronique de libre expression, que je ne suis pas certain qu’actuellement le réveil des peuples, concerne une problématique nationale. Selon moi, c’est une opinion, le Peuple, celui au nom duquel on est sensé rendre la Justice, redécouvre que les Nations et les Etats ont une Histoire.
Que ce sont des constructions imaginaires, toujours en cours d’instrumentalisation par divers Pouvoirs et Autorités de nature diverse, trop souvent totalement étrangers à une symbolique communautaire renvoyant à une identité historique, culturelle, formant une entité politique.

Ce sont nos origines biologiques, la notion de population génétique, de peuplement et d’appartenance spécifique organique, loin de la notion éhontée de « races », que nous redécouvrons. Un droit intangible à pouvoir partager les ressources de notre planète. Ressources qui sont aussi celle de nos enfants de demain.

On peut comprendre qu’un tel partage et la gestion préventive, la gouvernance éclairée qu’elle suppose ne peut avoir comme cadre que celui d’une citoyenneté mondiale intégralement respectueuse des équilibres systémiques locaux, surégulé par un Droit des populations, mondialement garanti, à coévoluer selon des modèles culturels qu’elles édictent au plan local.

Entre Négritude et Blanchitude, voire, entre “Corsitude, Bretonitude Catalanitude ou Basquitude”, la seule chose à préserver, c’est l’éclat du panel des Couleurs qui rayonnent.
Entretenir un désir de créer les conditions écosystémiques, biocénotiques, qui demain permettront à ces Enfants de Coévoluer ensemble en tant que Citoyens du Monde, en partageant ainsi l’espoir de Jean-Marie Tchibaou : que tous les Hommes, se regardent se parlent et s’estiment.
Christian

Christian Lecoq 17/02/2009 23:28

On peut penser qu’au sein de l’écosystème planétaire global, au sein des biocénoses, nos différences écotypiques, lorsqu’on a su les préserver, de par leur diversité, participent à la richesse de l’Humanité en devenir.
Je ne sais si au plan politique la reconnaissance de votre Culture doit passer par une demande de reconnaissance au près de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce compte tenu d’un degré de métissage d’une qualité telle, qu’il vous autorise encore à revendiquer l’appellation de peuple autochtone, de peuple premier, ou de peuple indigène, faisant perdurer une culture autochtone première. Mais ne l’oubliez pas, la « Parole », la « Kanak », de tout Peuple doit pouvoir circuler. Je ne suis pas sûr que l’usage d’un langage spécifique soit l’outil approprié à la valorisation de la Cause, à l’extérieur d’une niche écologique.
Sincèrement
Christian

Ziu Dumè 08/02/2009 12:38

Reset !

Ci serebbe u bisognu avà o ghjente ch’è no pènsamu à sgaggià di sta gabbiaccia rughjinosa ch’ella hè a Frància ! Ci anu muntatu a sega cù a so Palatina per tèneci zitt’è muti cù i so « cent’anni » di merda à stà « sottu à a somma » ! Ma avà ci n’hè abbastanza, è ancu troppu !


Reset !
Cinque argumenti da sviluppà per dumandà l’Indipendenza :

A prima di e cose, hè chì sta ghjente custì, hè direttamente rispunsevule ind’è noi di u pòveru nome di Vix. Spiecàtemi appena s’è n’avìamu da dà noi un nome di bumbò (chì d’altronde pare piuttostu un nome di cappotte) à un paese ? Aù, ci anu vulsutu ficcà u so nasu ancu custì… Pare chì ghjè una famiglia pinzuta (i Vix (aiò!)) chì era venuta à stallassi quì è chì averebbe lacatu u so nome à u locu : Vix ! Aiò aiò, ùn vi pare micca un scàndalu nò !? A prova l’anu fatta tandu à di per elli chì ghjente sìmile ùn ci ponu arricà nunda di bè ! Figuràtevi i disguasti s’ella cuntinueghja cusì, incù a culunizazione di pupulamentu chì ùn vole piantà. Da quì à qualch’annu per falà da Bastia in Portivechju s’hà da passà pè Bouflard, Legland, Bombeck, Donjon, Gourdin, Poiraud, Radar di Vix, Chibre, Clavier… Aiò pocu spaventu nò ?!

A segonda è chì, per un pòpulu fieru quant’è u nostru, ùn ci pudemu micca permette di mustracci à braccetta cun ste ghjente chì in la so sturiaccia di ciavatte ùn anu pigliatu ch’è chjibbe indilocu. Induv’ella hè passata a Frància, l’armate di tutti i paesi si ne sò tichjati. Di a ligne Maginot pare chì ne fàcenu cartuline pustale è filmi di culu sempre avà in Alemagna ! Ancu noi, poveri disgraziati, l’avìamu sciaccata in Borgu ! U macciu ritornu ci serebbe vulsutu à fallu in Furiani è micca in Pontenovu, tandu sì chì l’affari ùn èranu più in Fràncese !

A terza ragione hè Pascal Sevran, a quarta hè Eddy Mitchell.

Infine, ùn li possu più sente eiu i Régis, Gontrand, Raoul, Herbert, Rigobert, Dagobert è Polux. VI VÀ CUSÌ !?!?

Allora, fate u piacè, femu cum’è s’è nunda ci fussi statu è ripigliemu a Storia à u 1768 dopu à a battaglia di u Borgu, alè : RESET.

…Induve ne èramu ? Ah, iè, cullava à pigliammi una sborgna à u Palazzu Naziunale in Corti, pare chì ci hè una serata cù u gruppu Custituzione è Cabulò pè festighjà a vittoria. Aaaaah, ùn simu bè cusì ?!

Ussamà Ben Lazezu

Présentation

  • : Jean-Guy Talamoni
  • Jean-Guy Talamoni
  • : Jean-Guy Talamoni est avocat. Président de l'Assemblée de Corse, il a publié deux ouvrages politiques, "Ce que nous sommes" (Ramsay/DCL, 2001) et "Libertà" (2004), ainsi que trois livres sur la langue corse.
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