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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 15:56

 

 

C’est un livre précieux que nous offre Ghjuvan Filippu Antolini. Tiré d’un travail effectué pour un DEA soutenu à l’Université de Paris VIII, il conserve sa rigueur scientifique tout en prenant une forme plus accessible au lecteur non spécialiste. Le thème a été traité par de nombreux auteurs, en particulier depuis le XIXe siècle. Pourtant, l’éclairage qui nous est donné ici suscite un intérêt renouvelé pour cette part controversée de nos usages ancestraux : la vendetta, le maquis, le banditisme, d’honneur ou pas… Le point de vue des visiteurs français est rappelé dans le détail, qu’il s’agisse de fonctionnaires, comme Germond de Lavigne, ou d’écrivains célèbres tels que Maupassant, Daudet ou Dumas. Sans oublier le plus important à cet égard : Prosper Mérimée - tombé sous le charme sulfureux de Colomba, l’Electre corse -, auteur que l’on a trop souvent accusé d’avoir donné une vision caricaturale de notre pays. Comment ne pas percevoir, à travers un texte d’une qualité littéraire peu commune, la fascination exercée sur ce grand écrivain par la terre et le peuple de Corse ? Ghjuvan Filippu Antolini lui rend justice : « À partir de la composition de Colomba, l’âme de la Corse est devenue assez parfaitement évidente pour n’avoir plus besoin d’être réaffirmée. » Dans cette œuvre, la présence de clichés ne peut être niée, mais c’est bien la Corse qui y est décrite et qui l’est, de toute évidence, avec une grande attirance, alors que, quelques décennies plus tard, Hugo comparera notre pays à « un boulet attaché à la France » !1

On appréciera également, par ailleurs, l’Analyse de la représentation du bandit Nonce Romanetti, où Ghjuvan Filippu Antolini, en enquêteur avisé, se livre à une confrontation des sources historiques et littéraires. Car les versions des faits et les portraits que l’on trouve sous les plumes de Privat, Marcaggi et Bonardi différent sensiblement. Dans cette grande incertitude, l’auteur fait la part des choses avec rigueur. Il est vrai qu’il ne suffit pas de se présenter comme un « bandit d’honneur » pour avoir droit à ce titre envié.

Dans un ouvrage qui est, en quelque sorte, une histoire amoureuse du maquis corse, on suit à la trace Ghjuvan Camellu Nicolai, les résistants de la deuxième guerre mondiale, mais également les rebelles d’aujourd’hui.

Un livre à déguster, et à ranger en bonne place dans toutes nos bibliothèques.

 

Jean-Guy Talamoni

 

1. À méditer, en revanche, cette réflexion de Mérimée dans Colomba (Paris, Garnier Frères, 1949, p. 28) : « Ce n’est pas flatter prodigieusement les Corses que leur rappeler qu’ils appartiennent à la grande nation. Ils veulent être un peuple à part, et cette prétention, ils la justifient assez bien pour qu’on la leur accorde. » Intéressant, non ?

   

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Published by jean-guy talamoni - dans In la mio biblioteca ci hè...
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  • : Jean-Guy Talamoni
  • Jean-Guy Talamoni
  • : Jean-Guy Talamoni est avocat. Président de l'Assemblée de Corse, il a publié deux ouvrages politiques, "Ce que nous sommes" (Ramsay/DCL, 2001) et "Libertà" (2004), ainsi que trois livres sur la langue corse.
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