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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 16:05

(Publié dans U Ribombu, novembre 2005)

 

 

Une bien belle histoire… une « confession poétique », comme l’indique l’auteur lui-même. L’objet de ce texte sui generis : une relation triangulaire entre l’ombre omniprésente d’un écrivain disparu, la veuve de ce dernier et le narrateur. Celui-ci se trouve bientôt en situation délicate, attiré dans un piège tendu par un fantôme et une véritable « mante littéraire ». Il ne pourra s’en extraire qu’en faisant appel à sa seule arme : la profondeur de ses racines, l’âme corse qui lui sert de cuirasse et d’ultime recours. Les décennies traversées par le récit sont également au nombre de trois : années 50, 60, puis 70. Le parcours obéit ainsi à un rythme ternaire, dans le temps, mais aussi dans l’espace : Paris, l’Italie et la Corse. La Corse qui réapparaît tout au long de l’ouvrage, avec la régularité d’un métronome. La Corse avec ses hommes, ses montagnes (Kyrie Eleison), avec sa langue. Si le texte est principalement écrit en français, l’italien y a également sa place et, plus rarement mais dans les moments forts, le corse. Ce triangle linguistique participe de la singulière harmonie de l’ouvrage, où le style coruscant, la culture et la sensibilité de Marie-Jean Vinciguerra trouvent pleinement à s’exprimer.

 

Jean-Guy Talamoni

 

EXTRAITS

 

« J’ai rêvé cette nuit que je m’élevais dans le ciel par la seule force de ma volonté. La vielle cité génoise dressait ses édifices comme la mâture altière d’une nef. C’était Bastia, ma ville natale. Je suis resté suspendu dans les airs, immobile. Une voix m’appelait. Le vent m’a fait dériver… J’ai survolé d’autres îles, d’autres villes, de plus en plus vite. J’avais laissé, derrière moi, ceux que j’aime. Le libecciu m’emportait encore plus loin. »

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« J’éprouve pour Edoardo une affection filiale. N’est-il pas mon père spirituel ? Comment le situer par rapport à mon père ?

J’attendais de celui-ci qu’il m’expliquât le monde. Avare de mots, il comptait ses paroles comme des cartouches qu’il fallait économiser.

Seuls les actes lui importaient. Il méprisait les lâches et ceux qui n’avaient pas le courage de prendre parti. La sentence tombait, celle de Dante, un poète qu’il connaissait par cœur.

« Misericordia e giustizia li sdegna

Non ragioniam di loro, ma guarda e passa »

Façonné par un pays pauvre, il était austère comme la plupart de ses compatriotes de l’ancienne Corse. Mais en un sourire il dessinait toute la tendresse du monde.

Il cultivait u so’ ortu, son jardin, aimait à planter et greffer ses arbres.

Sobre, il connaissait les vraies saveurs.

D’un geste large, il embrassait les collines de Corte. Il commentait : « Quì, figliolu, sò andatu à caccià u cignale, ici mon fils, j’ai chassé le sanglier ». Il visait juste.

Il m’a fallu des années pour comprendre que cet homme était un saint.

Il pesait la vie à l’aune du silence. »

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« Et pourtant, tout au fond, j’entends comme un appel secret, celui de voix lointaines, le cri d’une culture enfouie. Il me faut reconquérir cette culture comme une cithare à plusieurs cordes. Ce sera mon miracle grec. (…) Ah ! Pouvoir m’arrimer à mon île, laisser monter en moi la vivifiante sève de ses forêts. »

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« Adriana,

Je t’écris de mon île où j’ai retouché terre. Ici, j’ai pris la distance nécessaire pour y voir clair et décider. Je sais désormais quelles sont les frontières à ne pas franchir. Ce sont celles d’un territoire sacré : le respect. Ma terre n’aurait qu’une vertu, ce serait bien celle-là : u rispettu. »

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« Me voici, après trois années passées en Haute-Volta, de retour dans mon île tourmentée et pourtant dans mon errance seul point fixe rêvé. Ici est mon lieu matriciel. Je vais m’y enraciner, le regard sur les îles et face à ce Kyrie Eleison en majesté. »

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Published by jean-guy talamoni - dans In la mio biblioteca ci hè...
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Présentation

  • : Jean-Guy Talamoni
  • Jean-Guy Talamoni
  • : Jean-Guy Talamoni est avocat. Président de l'Assemblée de Corse, il a publié deux ouvrages politiques, "Ce que nous sommes" (Ramsay/DCL, 2001) et "Libertà" (2004), ainsi que trois livres sur la langue corse.
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